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Politis

Les étudiants dénoncent l’autisme économique

Politis (numéro 610), paru le 20 juillet 2000 (P.12)

Dans une pétition, des étudiants en économie ont exprimé leur déception face à une science devenue " autiste ". Depuis peu, ils ont reçu le soutien d’une centaine de professeurs.

Lancée mi-juin sur Internet, une " Lettre ouverte des étudiants en économie aux professeurs et responsables de l’enseignement de cette discipline " connaît un succès imprévu, en plein mois de juillet. Près de 600 d’entre eux, issus des grandes écoles et universités françaises, se déclarent " globalement mécontents de l’enseignement " qu’ils reçoivent dans cette discipline, déplorant son " décalage (…) par rapport aux réalités concrètes " et l’absence de pluralisme des approches pédagogiques. Le week-end dernier, ils ont été entendus et rejoints par une centaine de professeurs, représentant un grand nombre de laboratoires de recherche et d’établissements d’enseignement supérieur. Ceux-ci ont d’ailleurs publié une motion de soutien dont l’intitulé enthousiaste, " L’enseignement de la science économique en débat. Enfin… ! ", en dit long sur le bien-fondé des savoirs qui sont transmis aux étudiants.

" Rien de stimulant "

De l’université Paris IX-Dauphine aux facs de province, comme dans les plus prestigieuses des grandes écoles (Ecoles normales supérieures de Cachan, de Fontenay et de la rue d’Ulm à Paris, ENSAE, EHESS, etc.), les étudiants sont tous d’accord sur un point : " Nous ne voulons plus faire semblant d’étudier cette science autiste qu’on essaie de nous imposer. " Leur manifeste précise qu’ils ont choisi cette discipline " afin d’acquérir une compréhension approfondie des phénomènes économiques auxquels le citoyen d’aujourd’hui est confronté ". Mais les cours qu’ils ont reçus n’ont pas répondu à cette attente. " Intellectuellement parlant, il n’y a rien de stimulant, parce qu’on ne répond à aucune des grandes questions économiques contemporaines, comme le problème du chômage ou celui des retraites ", témoigne Fabien, de l’Ecole normale supérieure de Cachan, qui a préféré opter pour une maîtrise de sociologie après quatre années d’études supérieures transdisciplinaires.
Théorie néoclassique dominante

Cette impuissance de la science économique à faire la preuve de son utilité sociale, les auteurs de la pétition l’attribuent à sa tendance récente à se priver de l’apport des autres sciences humaines, et plus encore au fait qu’elle est soumise à un " dogmatisme ". " Le pluralisme doit faire partie de la culture de base de l’économiste ", affirment également les enseignants signataires. " La théorie néoclassique domine parce qu’elle repose sur une axiomatique simple, facilement mathématisable, poursuit Fabien. Elle apparaît très explicative, parce qu’elle est très mécaniste. " Or, " la science économique a toujours eu un complexe vis-à-vis des sciences dures " et conserve l’obsession de produire une " physique sociale ". " La théorie néoclassique n’est pas plus scientifique que d’autres approches en économie ", rappellent les enseignants signataires, lesquels se disent " prêts à engager un dialogue avec les étudiants " et à s’associer " à la tenue d’assises permettant d’inaugurer un débat public largement ouvert à tous ". La rentrée universitaire 2000 promet d’être agitée…

Elsa Perrin

 
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