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Le trading haute fréquence : un exemple de gâchis en finance

vendredi 3 avril 2015

Il est clair que la finance – au sens large – est nécessaire au fonctionnement du capitalisme. La création monétaire par les banques – par le crédit –, les actions permettant de répartir les risques entre propriétaires des entreprises, les marchés à terme ou encore les produits dérivés fournissent le moyen de répartir le risque entre prêteurs, ou entre prêteurs et emprunteurs. Sans l’éliminer, bien entendu. Ils peuvent aussi être une source d’information sur ce que savent « les autres » ou sur leur état d’esprit – bien que le message peut être très brouillé. La question, difficile, est de savoir quand « c’est trop », la finance pompant une part « indue » du produit social – y compris du point de vue des autres détenteurs de capitaux. Sans parler des risques, « systémiques », que ses « excès » peuvent provoquer.
Il y a pourtant un exemple, celui du « trading haute fréquence » – des algorithmes conçus pour aller « plus vite que les autres » – qui relève clairement du gâchis social, même pour ceux qui sont persuadés de l’efficacité des marchés financiers (en transmettrant au mieux l’information disponible, ils permettaient une allocation efficace des ressources). Or, contrairement à ce qu’affirme un récent article des Echos selon lequel « Les traders haute fréquence rendent la Bourse plus efficace en temps normal en lui apportant très vite toutes les dernières informations les plus pertinentes (nouvelles économiques ou sur les sociétés…) », c’est exactement le contraire qui arrive avec le trading haute finance, dont le but n’est nullement de chercher l’information mais de la « piquer au vol » à ceux qui l’ont effectivement cherchée – puis à en tirer parti. Par exemple, en achetant un titre « juste avant » que son prix augmente du fait de cette nouvelle information – que les traders haute fréquence ont déduite de la demande provenant de celui qui l’a effectivement découverte, et qu’ils « coiffent au poteau » grâce à leur vitesse supérieure. Comme le remarque Joseph Stiglitz, ce n’est pas parce que l’information arrive quelques nanosecondes plus tôt – via les cours boursiers – que l’affectation des ressources dans l’économie s’en trouvera améliorée. En réalité, ce gain de temps dérisoire a finalement un effet opposé à celui que prétend l’auteur de l’article des Echos : il ralentit la recherche de l’information nouvelle – ou dissuade même de la faire, de l’information nouvelle. Pourquoi engager du temps et de l’argent dans cette recherche alors qu’on sait qu’on va se faire coiffer au poteau et finalement perdre en bonne partie le bénéfice de l’opération ?
Les dépenses nécessaires pour mettre au point les algorithmes et les puissances de calcul pour « aller plus vite que les autres » sont donc un pur gâchis du point de vue de la collectivité – outre leur effet négatif sur la recherche de nouvelles informations. Surtout si tout cela se traduit par une escalade dans la mise en place de puissances de calcul de plus en plus rapides dans des « guerres de robots » qui essaient de se berner les uns les autres.
Stiglitz fournit une liste détaillée des coûts pour la collectivité du trading de haute fréquence (notamment, l’augmentation de la volatilité des cours). Son texte étant parfois un peu ardu, on peut se contenter en un premier temps de l’excellent aperçu qu’en donne Felix Salmon et dont nous proposons le lien ci-dessous.

The problems of HFT, Joe Stiglitz edition par Felix Salmon

 
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