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Micro, macro, mes crocs !

Numéro 4

Lettre d’information mensuelle
du Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie
www.autisme-economie.org
45 rue d’Ulm, 75005 Paris

ÉDITO

Dites… Vous saviez que tout allait bien dans le merveilleux monde de la " science " (on ne s’en lasse pas, désolé) économique ? Non ? Mais si, vous allez voir, on va vous expliquer. Voilà comment ça se passe : des gens sérieux, honnêtes, en blouse blanche - des scientifiques - se posent des questions très compliquées (comment dire qu’il faut baisser les salaires pour lutter contre le chômage mais être quand même de gauche, ou se demander quel est l’effet de l’introduction d’anticipations rationnelles dans un modèle de générations imbriquées avec salaire d’efficience et asymétrie d’information sur la qualité du melon, c’est de saison, etc.). Et, comme ce sont des gens très intelligents, eh ben ils trouvent les réponses, voyez-vous. Si, si. Et si nous on ne les connaît pas, c’est parce que les journalistes sont paresseux, parce que les profs de sciences économiques et sociales au lycée ne sont que des ignares, et parce que Jean-Pierre Gaillard ne sait même pas poser un lagrangien, le pauvre gars.

Donc tout va bien. C’est en tous cas ce que nous a appris récemment le mythique, splendide et que le monde entier nous envie Cercle des Economistes (pas encore Disparus malheureusement pour un certain nombre d’entre eux). Voir plus bas pour les quelques incrédules qui se glissent encore parmi vous.

Donc cette lettre n’existe pas, pas plus que la pétition signée récemment par 27 étudiants en thèse de Cambridge. 27, c’est beaucoup, quand même, non ? Et Cambridge, c’est quand même autre chose que Paris 1, non ? Allons, allons, tout ça n’est pas sérieux. Puisqu’on vous dit que tout va bien. La science avance, et si vous ne faites pas attention, elle va vous écraser, attention…

J’allais oublier : comme vous l’avez remarqué, le rapport Fitoussi n’est pas sorti. Donc on ne peut pas vous en proposer l’analyse objective promise, évidemment. Mais ce n’est pas grave : ce sera pour le numéro du mois de septembre, voilà tout. A part ça, si les économistes deviennent pluralistes et sympas pendant l’été, on vous préviendra, ne vous inquiétez pas. Vous pouvez donc partir en vacances l’esprit tranquille…

Brisons le cercle…

Donc Le Monde remet depuis l’année dernière le Prix du Meilleur Autiste - Economiste, pardon. Bon, nous comme on n’est que des étudiants, on n’est pas en trop en mesure de juger de la qualité " scientifique " des travaux des lauréats, et puis on n’a pas que ça à faire. Donc, on fait confiance à la presse patronale pour savoir reconnaître les siens (ouh là, ça serait pas un peu en train de se politiser, cette affaire ?).

Mais il arrive que dans la vie, vous preniez une mandale sans avoir rien demandé. C’est ce qui s’est passé. Le Cercle, profitant du billet qui lui était gratuitement offert par Le Monde, s’est fendu d’une petite phrase pour nous régler notre compte à sa façon. On appréciera la grandeur d’âme de ces messieurs, qui n’ont évidemment pas d’autre moyen pour s’exprimer que ces rares incursions dans la presse, et qui n’ont évidemment pas pris la peine de se demander s’il ne fallait pas nous permettre de répondre.

On a répondu quand même, rassurez-vous, mais ils n’avaient pas de place les semaines suivantes pour publier notre lettre. Comme c’est dommage… Mais pour ne pas vous priver, on la met ici.

En plus et gratuitement, on vous met la liste des membres du Cercle. Comme c’est l’été, c’est l’occasion d’un petit jeu : parmi les membres du Cercle, il y a des signataires du " contre-appel pour préserver la scientificité de l’économie ". Sauras-tu les retrouver ? Mais, plus fort encore, parmi les membres du Cercle, il y a aussi des signataires de la pétition en notre faveur, il ne faut pas les confondre, c’est TRES différent… Alors, qui est-ce, hum ?

Quels sont les thèmes abordés par les jeunes chercheurs de l’Hexagone ?

L’économie devient plus politique, concerne plus et mieux la cité, en usant davantage de la formalisation

(Le Monde Economie du 29 mai 2001)

Choisir c’est éliminer : la phrase est connue, mais passe, en l’espèce, à côté de l’essentiel. Ainsi, quand le jury du prix a commencé de retenir les candidats qui sont, à ses yeux, les meilleurs économistes français de moins de quarante ans, il a cherché ceux qui faisaient avancer la réflexion économique, pour eux-mêmes et leur carrière bien sûr, pour la communauté scientifique, mais aussi, et en conscience, pour la société dans son ensemble.

L’économiste est en effet un homme (ou une femme) de la cité, pour la cité. Il est donc très important que le débat s’améliore, entre ceux qui réfléchissent à l’évolution de cette cité, avec leurs outils d’économiste, et ceux qui la font prospérer, la gèrent, l’informent, et y vivent. Dans cette optique, la méconnaissance ou l’incompréhension des travaux de l’économiste sont de véritables pertes sociales, pour autant que la pensée économique que l’on entend promouvoir soit de qualité. Or tel est évidemment le cas.

(…) Les thèmes abordés marquent également une évolution très positive. L’économiste se saisit de la vie réelle. Il en synthétise les éléments qui sont, selon lui, les plus problématiques pour proposer modèles et solutions. Bien au-delà du débat qui a secoué, un temps, certains esprits sur la recherche économique entre approches formalisées ou non, on voit ce qui se passe en réalité : les meilleurs mêlent les deux. Ils sont capables de synthétiser les conditions du marché du travail, de la formation des salaires, des taux d’intérêt ou de change, de l’organisation des entreprises..., de réunir les problèmes de la construction européenne, de la fiscalité, des inégalités, pour en présenter l’essence et proposer des solutions théoriquement fondées et d’application concrète.

L’économie devient ainsi plus politique, c’est-à-dire qu’elle concerne plus et mieux la cité, en faisant davantage ce détour productif de la formalisation. Cette formalisation fournit un outil de mesure dans l’explication des phénomènes et permet d’estimer des solutions. Elle donne aussi un langage commun aux différents économistes, quels que soient leurs domaines d’étude : finance ou espace, démographie ou gestion des entreprises. Des concepts identiques traversent ainsi l’ensemble de la discipline : information imparfaite, incitations, jeux... Ils ont l’avantage, outre de fournir un référentiel commun, de dépasser des hypothèses d’information parfaite, de concurrence pure, de rationalité qui avaient fondé la science économique, et qui se trouvent encore au cœur de certaines critiques. Comme si rien n’avait changé !
(…) Au total, ce deuxième exercice mené au sein du Cercle, puis avec la rédaction du "Monde Economie", conforte le diagnostic de l’an dernier. La pensée économique française va bien. Elle est résolument internationale, ce qui lui donne les moyens d’être plus efficace, et donc bien mieux insérée dans la réalité nationale. Elle s’ouvre à davantage de thèmes, économiques et sociaux, en étant capable de nouer plus de liens entre eux et entre disciplines, de trouver plus d’interdépendances, de proposer plus de solutions, avec un niveau croissant de qualité et d’efficacité.

Le Cercle des économistes

Le Cercle des économistes est-il autiste ?

La présentation que donne le "Cercle des économistes" du merveilleux monde des économistes est pour le moins alléchante (supplément économique du Monde du Mardi 29 mai 2001). Dans cet univers harmonieux, tous travaillent sérieusement et en commun, grâce aux deux langages que sont l’anglais et la formalisation, afin de parvenir aux prescriptions susceptibles d’éclairer scientifiquement les problèmes de la Cité.

Plus fort encore, l’économie, loin de l’"autisme" que nous lui avons reproché, (à tort donc), s’ouvre aux autres sciences sociales, et modélise le jeu d’acteurs beaucoup plus subtils que le traditionnel homo oeconomicus. Permettez-nous de douter de la réalité de ces slogans publicitaires… Mais nous nous en tiendrons ici à une seule question : celle du pluralisme. En effet, et de façon typique, le discours d’auto-légitimation du Cercle fait l’impasse complète sur les débats qui existent actuellement au sein de la communauté scientifique. A l’image d’une discipline qui s’ouvre aux autres sciences humaines vient alors s’ajouter celle d’une discipline homogène et lisse.

Or ces débats existent pourtant. Prenons l’exemple des causes du chômage et des moyens d’y remédier. L’attribution du Prix est intéressante de ce point de vue : le lauréat représente sans aucun doute l’excellence universitaire et ce Prix du meilleur élève le récompense donc justement. Mais tout se passe comme si ses thèses, qui ne sont qu’effleurées, n’étaient pas débattues, voire combattues par d’autres. Ainsi, à aucun endroit n’est mentionnée l’explication donnée par l’ensemble des travaux de Pierre Cahuc pour expliquer la hausse du chômage en France, en particulier depuis 1974. Or quelle est-elle ? Elle se résume à l’idée que le niveau de salaire est trop haut, c’est-à-dire qu’il est supérieur au salaire d’équilibre (celui qui équilibrerait l’offre et la demande sur le "marché du travail", et pour lequel il n’y aurait donc pas de chômeurs, sauf "volontaires"). C’est en effet le seul moyen pour lui d’expliquer l’existence du chômage au sein du modèle théorique qu’il se donne, celui de la théorie néo-classique, même amendée (ces éléments théoriques sont présentés de façon vulgarisée par Laurent Cordonnier dans son ouvrage "Pas de pitié pour les gueux", ed. Raisons d’agir). De façon empirique, ces "imperfections" à l’origine de ce niveau de salaire excessivement élevé sont par exemple le salaire minimum imposé par l’Etat et le poids des syndicats dans les négociations collectives.

Or, nombreux sont les économistes (et les citoyens) qui pensent que là ne réside pas l’origine première du chômage, et que diminuer les salaires et/ou affaiblir les syndicats ne réglera en rien le problème du chômage. Pour eux, les solutions passent notamment par une activité économique plus soutenue. Cette thèse n’est pas défendue par quelques "marginaux" : elle est au centre de l’analyse de Jean-Paul Fitoussi, un habitué des colonnes du Monde, qu’il développe par exemple dans "Le débat interdit" (voici un titre significatif). Il y a donc de vrais débats au sein du petit monde des économistes. Ces débats engagent la Cité, et, c’est l’une de nos revendications, ils doivent être présentés aux étudiants des Universités. Que la "science économique" progresse du seul fait qu’elle s’uniformise dans ses modes de communication est certes une possibilité, même si nous en doutons. Récompenser les meilleurs représentants de l’approche dominante du moment n’est pas en soi condamnable. Mais faire comme si ces bons élèves représentaient, au-delà d’eux mêmes, la totalité d’une profession au sein de laquelle les conflits n’existeraient pas est tout simplement inexact. La "science économique" ne vit pas en-dehors de la société, dans une bulle parfaitement consensuelle.

Tel n’est pas le point de vue du Cercle, qui ose écrire : "la pensée économique française va bien, elle est capable de proposer plus de solutions, avec un niveau croissant de qualité et d’efficacité". Nulle part n’est fait mention de l’existence de débats en son sein, chose pourtant bien légitime au sein dans toute discipline scientifique : qui conteste la réalité de débats en sociologie, en histoire ou en physique ? Cette attitude du Cercle est certes compréhensible : une association professionnelle sert d’abord à défendre ses membres, à gommer les dissensions internes, à revendiquer le monopole de la représentation. Mais le Cercle profite aussi de la tribune qui lui est offerte pour régler au passage quelques comptes, notamment en affirmant que "Bien au-delà du débat qui a secoué, un temps, certains esprits sur la recherche économique entre approches formalisées ou non, on voit ce qui se passe dans la réalité : les meilleurs mêlent les deux". Cette affirmation relève de la mauvaise foi, puisque les économistes du Cercle font semblant de croire que le débat soulevé depuis un an porte principalement sur la formalisation, alors qu’il se centre en fait sur le manque de pertinence et l’absence de pluralisme des théories enseignées. D’autre part, elle veut tout simplement nier la réalité puisque le débat n’est pas clos : il perdure bel et bien, contrairement à ce que veulent nous faire accroire les économistes du Cercle. La méthode consiste ici à discréditer l’adversaire en caricaturant sa position et à conclure que tout va bien, en faisant d’un point de vue particulier (celui du Cercle) une position universelle, censée impliquer tous les économistes. Les initiés pourront d’ailleurs s’amuser à comparer la liste des membres de ce Cercle et celle des rédacteurs du "Contre appel pour préserver la scientificité de l’économie" (supplément économie du Monde du mardi 31 octobre 2000), et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Finalement, l’image que les membres du Cercle donnent de leur discipline est, à leur corps défendant certes, bien conforme à celle que nous critiquons. Absence de pluralisme, refus du débat, négation de la réalité, croyance dans les vertus intrinsèques de la formalisation et de l’usage de l’anglais, monopole des recommandations de politique économique et mépris des autres sciences sociales... C’est très exactement cette attitude que nous dénonçons lorsque nous parlons d’" autisme ".

Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie


Le jeu de l’été

Une erreur s’est donc glissée dans la liste suivante. Un facétieux étudiant en économie a en effet ajouté à la liste des membres du Cercle des signataires de la pétition qui nous avait soutenus (voir sur notre site). Sauras-tu les retrouver ?

" Le Cercle des économistes, qui a été créé en 1992, réunit 28 économistes universitaires, qui ont le souci d’associer réflexion théorique et pratique de l’action " (sic). Il comprend :
Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université de Nanterre - Paris-X, conseiller scientifique du Cepii, membre du Conseil d’analyse économique (CAE) ;
Patrick Artus, professeur associé d’économie à l’université Paris-I - Panthéon-Sorbonne, professeur à l’Ecole polytechnique, directeur des études économiques et financières à la Caisse des dépôts et consignations, membre du CAE ;
Agnès Bénassy-Quéré, professeur associé d’économie à l’université de Nanterre - Paris-X, conseiller scientifique du Cepii ;
Jean-Paul Betbèze, professeur d’économie à l’université Paris-II-Panthéon-Assas, directeur des études économiques et financières du Crédit lyonnais ;
Jean-Pierre Boisivon, professeur de gestion à l’université Paris-II - Panthéon-Assas, délégué général de l’Institut de l’entreprise ;
Christian de Boissieu, professeur d’économie à l’université Paris-I - Panthéon-Sorbonne, directeur scientifique du Centre d’observation économique de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP), membre du CAE ;
Anton Brender, professeur associé d’économie à l’université Paris-Dauphine, président de CPR Gestion (Compagnie parisienne de réescompte) ;
Jean-Michel Charpin, commissaire au Plan, membre du CAE ;
Jean-Marie Chevalier, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, membre des Cambridge Energy Research Associates (CERA) ;
Elie Cohen, professeur de gestion à l’université Paris-Dauphine ;
Michel Didier, professeur titulaire de la chaire d’économie et statistique industrielles au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), directeur du centre de recherche Rexécode, membre du CAE ;
Pierre Dockes, professeur à l’université Lumière - Lyon-II, directeur du Centre Walras ;
Henri Guillaume, inspecteur général des finances, président du Comité d’engagement du fonds public pour le capital-risque ;
Marc Guillaume, professeur à l’université Paris-Dauphine ;
Pierre Jacquet, professeur d’économie à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, directeur adjoint de l’Institut français des relations internationales (IFRI), membre du CAE ;
Bertrand Jacquillat, professeur de gestion à l’Institut d’études politiques de Paris, président d’Associés en finance ;
Jean-Dominique Lafay, professeur d’économie à l’université de Paris-I - Panthéon-Sorbonne ;
Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, conseiller du directoire à La Compagnie financière Edmond de Rothschild, membre du CAE, président du Cercle des économistes ;
Charles-Albert Michalet, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, expert auprès de la Banque mondiale ;
Jacques Mistral, professeur d’économie à l’Institut d’études politiques de Paris, conseiller économique auprès du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie ;
Olivier Pastre, professeur d’économie à l’université Paris-VIII ;
Anne Perrot, professeur d’économie à Paris-I, directeur du laboratoire d’économie industrielle du Centre de recherche en économie et statistiques (Crest) ;
Jean-Paul Pollin, professeur d’économie à l’université d’Orléans, membre du conseil scientifique de la Fondation Banque de France ;
Dominique Roux, professeur de gestion à l’université Paris-Dauphine, membre du collège de l’Autorité de régulation des télécommunications (ART) ;
Christian Saint-Etienne, professeur associé d’économie à l’université Paris-Dauphine, président du Conseil stratégique européen SA ;
Christian Sautter, inspecteur général des finances, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), ancien ministre ;
Christian Stoffaes, professeur associé d’économie à l’université Paris-Dauphine, directeur chargé du service de l’inspection générale et de la prospective d’Electricité de France ;
Daniel Vitry, professeur d’économie à l’université Paris-II - Panthéon-Assas

Cambridge : The Petition

Qui a dit que les Anglais n’étaient pas des contestataires ? En tous cas, voici une chouette pétition qui prouve le contraire, en V.O. d’abord, puis traduite pour ceux qui boudent l’anglais…

Opening Up Economics :
A Proposal By Cambridge Students

As students at Cambridge University, we wish to encourage a debate on contemporary economics. We set out below what we take to be characteristic of today’s economics,
what we feel needs to be debated and why :

As defined by its teaching and research practices, we believe that economics is monopolised by a single approach to the explanation and analysis of economic
phenomena. At the heart of this approach lies a commitment to formal modes of reasoning that must be employed for research to be considered valid. The evidence for this is not hard to come by. The contents of the discipline’s major journals, of its faculties and its courses all point in this direction.

In our opinion, the general applicability of this formal approach to understanding economic phenomenon is disputable. This is the debate that needs to take place. When are these formal methods the best route to generating good explanations ? What makes these methods useful and consequently, what are their limitations ? What other methods could be used in economics ? This debate needs to take place within economics and between economists, rather than on the fringe of the subject or outside of it all together.

In particular we propose the following :

1. That the foundations of the mainstream approach be openly debated. This requires that the bad criticisms be rejected just as firmly as the bad defences. Students, teachers and researchers need to know and acknowledge the strengths and weaknesses of the mainstream approach to economics.

2. That competing approaches to understanding economic phenomena be subjected to the same degree of critical debate. Where these approaches provide significant insights into economic life, they should be taught and their research encouraged within economics. At the moment this is not happening. Competing approaches have little role in economics as it stands simply because they do not conform to the mainstream’s view of what constitutes economics. It should be clear that such a situation is self-enforcing.

This debate is important because in our view the status quo is harmful in at least four respects. Firstly, it is harmful to students who are taught the ’tools’ of mainstream
economics without learning their domain of applicability. The source and evolution of these ideas is ignored, as is the existence and status of competing theories. Secondly, it disadvantages a society that ought to be benefiting from what economists can tell us about the world. Economics is a social science with enormous potential for making a difference through its impact on policy debates. In its present form its effectiveness in this arena is limited by the uncritical application of mainstream methods. Thirdly, progress towards a deeper understanding of many important aspects of economic life is being held back. By restricting research done in economics to that based on
one approach only, the development of competing research programs is seriously hampered or prevented altogether. Fourth and finally, in the current situation an economist who does not do economics in the prescribed way finds it very difficult to get recognition for her research.

The dominance of the mainstream approach creates a social convention in the profession that only economic knowledge production that fits the mainstream approach can be good research, and therefore other modes of economic knowledge are all too easily dismissed as simply being poor, or as not being economics. Many economists
therefore face a choice between using what they consider inappropriate methods to answer economic questions, or to adopt what they consider the best methods for the question at hand knowing that their work is unlikely to receive a hearing from economists.

Let us conclude by emphasizing what we are certainly not proposing : we are not arguing against the mainstream approach per se, but against the fact that its dominance is
taken for granted in the profession. We are not arguing against mainstream methods, but believe in a pluralism of methods and approaches justified by debate. Pluralism as a
default implies that alternative economic work is not simply tolerated, but that the material and social conditions for its flourishing are met, to the same extent as is currently the case for mainstream economics. This is what we mean when we refer to an ’opening up’ of economics.

’Ouvrir’ la science économique
Une proposition d’étudiants de Cambridge

En tant qu’étudiants à l’Université de Cambridge, nous souhaitons initier un débat sur la science économique contemporaine. Pour cela, nous indiquons ci-dessous ce que sont (selon nous) les caractéristiques actuelles de la science économique, ce dont il faut débattre et pourquoi.

Si on s’en tient aux pratiques d’enseignement et de recherche, il nous apparaît que la discipline est actuellement dominée par une seule approche. Cette approche se caractérise notamment par son recours systématique à des modèles formels, qui doivent nécessairement être utilisés par les auteurs pour que leurs articles puissent être acceptés par la communauté scientifique. Il n’est pas difficile de vérifier une telle affirmation : les articles des plus grandes revues ainsi que les programmes universitaires vont en effet tous dans ce sens.

Or, selon nous, il est loin d’être évident qu’il soit possible d’appliquer cette approche formelle à la compréhension de tous les phénomènes économiques. C’est donc sur cette question que le débat doit porter. Pour quels problèmes ces méthodes formelles sont-elles le meilleur outil ? Qu’est-ce qui les rend utiles, mais aussi, quelles sont leurs limites ? Quelles autres méthodes pourraient être utilisées en économie ? C’est ce débat qui doit avoir lieu, et ce au sein même de la discipline, plutôt qu’à ses marges ou en-dehors.

Nous proposons donc :

1. De débattre des fondements de l’approche dominante. Ceci impose en particulier que les fausses critiques tout comme les fausses réponses soient abandonnées. Etudiants, enseignants et chercheurs doivent connaître et reconnaître les forces comme les faiblesses de l’approche actuellement dominante en économie.

2. De soumettre les autres approches théoriques au même degré de critique. Lorsque ces approches sont pertinentes pour mieux comprendre des phénomènes économiques, elles doivent être enseignées, et leur place doit être assurée au sein de la recherche. Or ce n’est pas le cas actuellement. Les approches concurrentes de la théorie dominante n’occupent en effet pas la place qui leur revient, car elles ne se conforment pas aux canons que cette théorie impose. Et il est évident que cette situation s’auto-perpétue.

Ce débat n’est pas anecdotique. Il est au contraire important parce que le status quo actuel est néfaste, et ce pour quatre raisons au moins. Tout d’abord, il est néfaste pour les étudiants à qui on enseigne les ’outils’ de la théorie économique dominante, sans leur indiquer les domaines auxquels ces outils peuvent s’appliquer. Ils ignorent alors d’où viennent ces idées, comment elles ont évolué, et n’ont pas idée de l’existence de théories alternatives. Ensuite, cette situation est néfaste pour la société, qui pourrait bénéficier de ce que la science économique a à dire sur le monde. L’économie est en effet une science sociale qui peut être très utile, notamment à travers son impact sur les débats politiques. Or sous sa forme actuelle, son efficacité est limitée par l’application mécanique des méthodes issues de la théorie dominante à tous les problèmes. De plus, des progrès vers une meilleure connaissance de bien des aspects cruciaux de la vie économique sont empêchés. En effet, en contraignant la recherche à se conformer à un seul type d’approche, le développement de programmes de recherche alternatifs est au mieux gêné, au pire empêché. Dernier point : dans la situation actuelle, un économiste qui ne suit pas les recettes prescrites ne peut tout simplement pas espérer voir son travail reconnu par ses pairs.

Finalement, la domination actuelle de la théorie néo-classique conduit à l’existence d’une convention au sein de la profession selon laquelle seule la production de connaissances qui respecte les canons imposés a de la valeur. Les autres types de connaissance économique sont alors trop facilement rejetés, sous prétexte de ne pas être de bonne qualité, quand on ne leur dénie pas tout simplement le statut de recherche proprement économique. Pour de nombreux économistes, l’alternative est alors la suivante : soit ils utilisent des méthodes auxquelles ils ne croient pas pour répondre aux questions qu’ils se posent, soit ils utilisent au contraire les méthodes qui leur semblent réellement pertinentes pour traiter ces questions, mais ils savent alors que leur travail n’aura aucune chance d’être lu par la profession.

Pour conclure, nous souhaitons préciser ce que nous ne proposons pas. En particulier, nous ne proposons pas de remettre en cause l’approche dominante en elle-même. Ce que nous critiquons, c’est que les économistes acceptent comme allant de soi la domination qu’elle exerce sur la discipline. De même, nous ne remettons pas en cause l’usage de méthodes standard. Mais nous croyons qu’un pluralisme des méthodes et des approches est nécessaire, et donc qu’un débat doit avoir lieu sur l’utilisation de ces méthodes et théories. Or un réel pluralisme n’implique pas seulement que les théories alternatives soient simplement tolérées, mais bien que les conditions matérielles et sociales de leur développement soient assurées, comme c’est le cas actuellement pour la théorie dominante. C’est ce que nous voulons dire lorsque nous proposons d’’ouvrir’ la science économique.

 
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