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Micro, macro, mes crocs !

Numéro 7

Lettre d’information (presque) mensuelle du Mouvement des étudiants pour une réforme de l’enseignement de l’économie

Dans ce numéro :

ETUDIER L’ECONOMIE A LA FAC... (témoignage d’étudiant)

Des propos qui nous semblent révélateurs du malaise ou de l’indignation qu’éprouvent un certain nombre d’étudiants face à l’enseignement qu’ils reçoivent en économie, d’autant plus prononcés qu’ils progressent dans leurs études.

A BAS LA DICTATURE DU PIB ! (article paru dans la presse)

Dès le début de la constitution de notre mouvement, nous avons souligné l’absence de cours identifiant et décrivant clairement les concepts utilisés en économie (chômage, production, investissement, etc.). Nous nous interrogions alors sur la « validité de discours fondés sur des variables dont la définition même est problématique et contestée au sein de la communauté des économistes (...) ». Ce texte d’enseignant nous semble être une excellente illustration de ce débat primordial et pourtant souvent écarté des cours d’éco.

Y A-T-IL UN PROBLEME AVEC LES MATHEMATIQUES EN ECONOMIE ? (texte du mouvement)

Un texte collectif extrait de notre site Internet en réponse à ceux qui se permettent encore de réduire notre démarche à un simple « rejet des maths ».

"LE BETISIER DES ECONOMISTES" (extraits de notre site Internet)

Une citation tirée d’un manuel de cours réputé...

Etudier l’économie à la fac…

( TEMOIGNAGE D’ETUDIANT)

Etudiante en licence de sciences économiques à Paris-1 Panthéon-Sorbonne, j’ai envie de crier mon désappointement face à l’enseignement que je reçois. Ayant depuis longtemps le désir d’étudier les sciences politiques afin d’être plus tard politologue, j’ai fait le choix de m’inscrire d’abord en économie car il me paraissait impensable de pouvoir réfléchir sur notre monde actuel sans avoir acquis suffisamment de connaissances sur cette science. De l’apprentissage découle souvent l’inquiétude, mais la fertilité de mon imagination n’aurait pu anticiper ce vers quoi j’allais être dirigée. L’emploi de ce mot n’est en rien aléatoire : l’enseignement de cette matière nous pousse à toute perte d’esprit critique. Ce dernier se trouve peu à peu amené à disparaître lors de la rédaction de devoirs qui doivent faire preuve d’une simple capacité à pouvoir bachoter. Bachoter une pensée orthodoxe. Bachoter des modèles indispensables, certes, en tant qu’instrument de compréhensions des interactions entre phénomènes, mais qui érigent leurs conclusions comme étant des normes à portée universelle. Bachoter, trois ans après le bac !!! Oh comble pour ceux qui seront dans un an, dénommés par cette même science "travailleurs qualifiés" !... Nous sommes qualifiés pour le mimétisme ; quant à la capacité de réflexion, j’en viens à me demander si elle ne serait pas trop nuisible à ceux qui veulent encore faire tourner le monde autour de concepts si rassurants de "Concurrence Parfaite" et de "Main Invisible". Mais, Mrs les économistes, il ne faut pas être doctorant pour s’apercevoir que l’agent économique de Paris n’est pas le même que celui de Buenos Aires ; il suffit de ne pas être amnésique pour savoir que l’on étudie une science SOCIALE et que de ce point de vue, l’on ne peut croire en une règle d’or, un meilleur taux d’épargne calculé à partir du même modèle pour deux histoires si différentes que sont celles des Etats-Unis et de Madagascar. L’économie est la science qui dirige ce monde. Il serait temps que nous l’appréhendions dans sa complexité pour former des personnes dignes d’une telle responsabilité.

Leslie Ouarzazi

A bas la dictature du PIB !

(ARTICLE PARU DANS LE MONDE)

Grand émoi. Notre beau pays classé par Eurostat au 12e rang de l’Union, ne devançant que la Grèce, le Portugal et l’Espagne en termes de produit intérieur brut (PIB) par habitant : un déclin considérable depuis 1990, où nous étions encore en 3e position, à égalité avec l’Allemagne ! Humiliation suprême : la Grande-Bretagne, qui nous achète déjà nos footballeurs, nous passant devant au palmarès de la richesse ! Au sommet de l’Etat, dans les états-majors politiques, dans le patronat, c’est à la fois la consternation et le ravissement. Consternation pour ce résultat dans le pays des Bleus. Ravissement car on y voit de possibles arguments électoraux en faveur des aides à l’économie, à l’initiative privée et à l’investissement, à la dérégulation et à la baisse des prélèvements obligatoires, ce fameux boulet de la croissance.

Des questions sur la validité des méthodes utilisées pour mesurer le PIB par tête, pour comparer ces pays entre eux, et sur l’assimilation de la richesse au PIB ? C’est trop complexe. Une affaire d’experts. Ils savent ce qu’ils mesurent et comment le mesurer. A chacun son métier. On n’organise pas de débat démocratique sur la mesure de la dérive des continents, c’est une question technique. Il n’y a pas de raison de faire autrement pour évaluer la dérive de la richesse des nations.

On aurait tort de s’en tenir à cette idée. Il n’y a nul besoin d’avoir fait de l’économie et des statistiques pour comprendre pourquoi l’assimilation de la richesse au PIB est une sérieuse méprise, et surtout pourquoi les méthodes actuelles de mesure souffrent d’une marge d’incertitude telle que ces classements sont (presque) totalement dépourvus de signification. Lorsque tous les pays européens (en dehors du Luxembourg, cas très particulier, et de la Grèce et du Portugal) sont dans un mouchoir de poche avec environ plus ou moins 20 % par rapport à la moyenne (et pour les grands pays plus ou moins 10 %), et que la marge d’incertitude dans de telles comparaisons est de l’ordre de 10 % à 15 % selon les cas, la fiabilité des classements est proche de zéro.

Le PIB est un outil de connaissance statistique utile dans chaque pays, bien qu’il laisse de côté nombre d’éléments essentiels qui contribuent à la qualité de la vie. Il tente de mesurer la croissance des quantités ou "volumes" des biens et des services produits dans la seule sphère économique, celle du travail monétarisé. Même dans un cadre national, où il fournit des indications sur le dynamisme économique, il est entaché d’incertitudes non négligeables. La très officielle commission Boskin, composée d’experts réputés, nommée aux Etats-Unis en 1995 pour faire le point sur ces questions, avait conclu que la marge d’incertitude sur la croissance, dans les années 1990, pouvait conduire à la sous-estimer de plus d’un point par an, et plus encore au cours des décennies précédentes.

Lorsque le thermomètre actuel indique 2 points de croissance, on pourrait bien en avoir 3, voire plus. Si l’on cumule cela sur dix ans, cela fait plus de 10 % de richesses supplémentaires non prises en compte, non mesurées, ignorées.

Par ailleurs, le PIB par tête peut être le même dans deux pays alors que les inégalités sont fortes dans l’un et faibles dans l’autre : est-ce équivalent ? Il peut être plus élevé uniquement parce que la durée du travail est plus importante, car le temps libre n’est pas compté comme une "richesse" : est-ce raisonnable ?

Mais il y a plus. Les incertitudes les plus importantes ne se trouvent pas dans la mesure des tendances au cours du temps pour chaque pays, elles résident dans les comparaisons internationales de niveau de vie, ou de PIB par habitant. Par exemple, le PIB américain est mesuré en dollars, et le PIB français en francs (jusqu’en 2001). Il faut donc "convertir" le PIB américain par tête pour obtenir son équivalent en francs, ou inversement. Il ne serait pas sérieux de le faire à partir des taux de change des monnaies qui ne cessent de fluctuer sans grand rapport avec la production réelle des biens et des services.

On raisonne alors en "parités de pouvoir d’achat" : on essaie de savoir ce que coûte, dans les deux pays soumis à comparaison, un même "panier" de biens et de services représentatif de la production ou de la consommation nationales. Si, par exemple, ce panier coûte 7 francs chez nous et 1 dollar aux Etats-Unis, on multipliera par 7 le PIB américain par tête (ou la consommation, ou le revenu par tête, selon les études) pour obtenir la conversion en francs. Si, après cette conversion, on s’aperçoit qu’un Américain moyen a un revenu de 12 000 francs alors qu’en France ce chiffre n’est que de 10 000 francs (chiffres arbitraires pour fixer les idées), on dira que l’avance américaine est de 20 % en termes de revenu réel, ou en parité de pouvoir d’achat.

Il n’est pas besoin d’en savoir plus pour comprendre où le bât blesse. Si l’on est en mesure de raisonner sur un panier de biens ou de services standards, identiques ou de même qualité dans les deux pays, cette méthode est assez impeccable. Malheureusement, dans les économies développées, la proportion de ces biens standards (ceux qui se prêtent le mieux aux comparaisons) a tendance à décliner dans la production et à ne représenter qu’une minorité des richesses produites. Les richesses économiques, même dans la version étriquée que définit le PIB, sont majoritairement composées soit de biens très diversifiés voire singuliers, soit, et surtout, de services dont les caractéristiques de qualité varient dans des proportions considérables selon les pays. La santé, l’éducation, la restauration, le tourisme, le commerce de détail et les transports, et bien d’autres, ont, comme le montrent des comparaisons internationales fines, des niveaux de qualité qui divergent, parfois très fortement, selon les pays, et qui ne sont pas pris en compte dans ces méthodes ou qui le sont très mal.

On devrait poser la question aux Britanniques qui viennent en nombre croissant se faire soigner dans les hôpitaux du nord de la France... Si l’on décidait par exemple de pondérer les chiffres actuels concernant l’éducation et la santé dans le PIB par des indices de résultats éducatifs et d’espérance de vie, on verrait l’avance américaine fondre. On pourrait multiplier les exemples.

Pour avoir enquêté dans de nombreux secteurs de services et dans divers pays, et pour avoir quelquefois recueilli les confidences un peu gênées de ceux qui concoctent ces chiffres dans les cuisines des institutions statistiques nationales et internationales, j’estime que la marge d’incertitude (sur ce qu’il convient de mesurer, sur la qualité des produits, sur les prix, sur les données...) dans la plupart des comparaisons internationales de PIB par tête est actuellement d’au moins 10 % à 15 %.

D’ailleurs, si l’on quitte les comparaisons effectuées par Eurostat pour prendre celles de l’OCDE, de la Banque mondiale, ou du PNUD, qui ne sont pas moins incertaines, on s’aperçoit que les classements de PIB par tête diffèrent sensiblement, bien que ces institutions se réfèrent toutes très largement aux mêmes données nationales, ce qui devrait a priori les faire converger. Par exemple, le Royaume-Uni, qui aurait dépassé la France de 3 points depuis 1997 selon Eurostat, serait toujours derrière nous selon l’OCDE, le PNUD et la Banque mondiale. Ouf !

Il serait temps de désacraliser l’assimilation de la richesse au PIB, et du progrès à la croissance, telle qu’elle est mesurée. On dispose de bons arguments (et de chiffres) pour évaluer autrement la qualité de la vie et les richesses (économiques et non économiques) dont nous disposons dans un pays. Et, même à l’intérieur du mode de pensée de l’économie, les incertitudes sont énormes. La dictature du PIB est illégitime sur tous les plans : moral, philosophique et même économique. Ceux qui vont s’emparer de ces classements à des fins politiques - il y en aura - sont d’avance disqualifiés sur tous les plans.

Jean Gadrey,
Professeur d’économie à l’université Lille-I.
Le Monde, 23 janvier 2002.

Y a-t-il un problème avec les mathématiques en économie ?

(TEXTE DU MOUVEMENT)

Depuis que l’appel a été lancé voir historique, le débat a été détourné sur les mathématiques. De façon à nous traiter comme des imbéciles : chers petits, vous n’avez pas compris que les mathématiques sont neutres, qu’elles n’ont rien à voir avec l’idéologie, qu’elles ne sont pas contestables en soi, qu’elles sont le modèle même de la rigueur. Evidemment, le problème n’est pas au niveau des mathématiques, qui sont ce qu’elles sont. Le problème est dans la PERTINENCE des modèles et théories qui les utilisent, et c’est cette pertinence que nous contestons - et à propos de laquelle on ne nous répond pas.

Prenons un exemple simple : les modèles de croissance et du cycle " réel ", qui occupent maintenant une place importante dans les enseignements de macroéconomie. Ces modèles supposent tous que l’économie est réduite à un seul individu - appelé parfois Robinson, parfois " agent représentatif " - qui doit choisir combien il va produire, consommer et investir - mais aussi comment il va partager son temps, entre travail et loisir -, et ce pour toute sa vie. Les goûts, intertemporels, de cet individu sont représentés par une fonction mathématique (dite d’utilité), les techniques dont il dispose, et disposera dans le futur, par une autre fonction, dite de production. Ces hypothèses étant faites, le problème est d’ordre mathématique : trouver la " trajectoire " de " production-consommation-travail " qui maximise la fonction d’utilité (intertemporelle) de notre individu, sachant qu’il dispose d’un nombre limité de ressources et de techniques. Ce type de problème est traité par une branche des mathématiques - appelée par certains " calcul des variations ", par d’autres " contrôle optimal " -, qui est utilisée, par exemple, lorsqu’on cherche à déterminer la trajectoire de mise en orbite d’un satellite qui nécessite une dépense minimale en carburant.

Le contrôle optimal fait appel à des objets mathématiques relativement complexes (fonctionnelles, hamiltoniens, équations différentielles) ; il ne permet généralement d’obtenir que des solutions approchées - par des algorithmes plus ou moins compliqués. La confrontation de ces solutions aux données disponibles soulève aussi des problèmes - d’ordre statistique (calibrage, construction de tests).

Evidemment, personne ne conteste la validité en soi de ces diverses techniques mathématiques - le contraire serait stupide ! La question que nous posons est toute autre : c’est celle de la pertinence du modèle étudié.

Est-il pertinent de vouloir étudier l’évolution effective de l’économie d’un pays tout entier, données à l’appui, en considérant qu’elle se comporte comme un individu (unique), dont elle ne ferait que refléter les choix ? La réponse est évidente : NON. Dans ces conditions : où est l’intérêt d’accabler l’étudiant avec les méthodes du contrôle optimal et avec les techniques statistiques de confrontation des " choix intertemporels " d’un individu (Robinson ou autre) avec les données disponibles sur l’évolution du PIB de tel ou tel pays ? Selon nous, il n’y en a pas.

Si nous nous trompons à ce propos, alors qu’on nous prouve le contraire : c’est à ce niveau que doit se situer le débat et non à un autre.

Nous avons pris l’exemple de " l’agent représentatif ", très en vogue actuellement. Mais nous aurions aussi pu prendre les théories du consommateur et du producteur, en microéconomie, qui spéculent tout autant sur des entités fictives : qu’on nous prouve que ces spéculations sont pertinentes, et nous sommes prêts à accepter les développement mathématiques. Mais, de grâce, que ceux-ci ne soient pas utilisés pour détourner l’attention des étudiants, en leur faisant croire que ce sont eux qui posent problème, alors qu’il n’en est rien.

Le Mouvement des étudiants pour une réforme de l’enseignement de l’économie

« Le bêtisier des économistes »

(EXTRAITS DU SITE INTERNET)

La théorie néo-classique a une difficulté fondamentale à traiter des relations sociales. Cela tient à sa démarche, l’individualisme méthodologique, qui veut prendre pour point de départ les seuls individus. Ce qui est impossible, car les relations entre eux - à commencer par l’échange - supposent forcément des règles. Pour contourner cette difficulté, les néo-classiques aiment recourir au personnage (seul) de Robinson, ou alors ils utilisent des exemples farfelus, en se voulant drôles. La citation suivante, tirée d’un manuel de renommée internationale, souvent conseillé aux étudiants, en donne un aperçu. Elle est extraite de notre « bêtisier des économistes » dont vous pouvez consulter l’intégralité sur www.autisme-economie.org. Toute contribution supplémentaire est bienvenue !

« Supposons que Robinson soit fatigué d’être en même temps producteur et consommateur et qu’il décide d’alterner les rôles. Un jour, il agit uniquement comme un producteur et le jour suivant, uniquement comme un consommateur. Pour coordonner ces activités, il décide d’instituer un marché du travail et un marché de la noix de coco. Il constitue également une entreprise, la ’Crusoë s.a.’, et il en devient l’unique actionnaire. L’entreprise va examiner le prix du travail et des noix de coco et elle va choisir la quantité de travail qu’elle engage et la quantité de noix de coco qu’elle produit en poursuivant l’objectif de maximisation du profit. Robinson va recevoir, en tant que travailleur, un salaire correspondant à son travail dans l’entreprise ; en tant qu’actionnaire de l’entreprise, il va percevoir le profit et en tant que consommateur, il décidera de la quantité d’output qu’il achète à l’entreprise ».

Et l’auteur justifie ces stupidités de la façon suivante :

« Cette situation doit certainement paraître étrange, mais il n’y a pas beaucoup d’autres choses à faire sur une île déserte ».

(Extraits de H. R. Varian, Introduction à la microéconomie, Ed. De Boeck, Col. Ouvertures économiques, 1995).

 
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