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mars 2003

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Mars 2003
Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Mars 2003
Sommaire

Mars 2003
Idée reçue n° 17

Avril 2003
Critiques parues dans la presse

Dernière modification
27 novembre 2006
info visites 1392

Avant-Propos

Notre époque nous submerge d’informations « économiques » : cours de la Bourse, chiffres de déficits budgétaires, taux de chômage, inflation, prévisions de croissance, etc., rythment nos journées. Qui se souvient encore qu’il n’en fut pas toujours ainsi ? Face à ce déluge d’informations (souvent contradictoires…), deux sentiments se mêlent. D’une part, tout cela semble terriblement compliqué : qui connaît le nom des quarante entreprises regroupées dans le « CAC 40 », sans parler de la signification de ces trois mystérieuses lettres ? D’autre part, nous avons souvent le sentiment d’être soumis à une logique implacable : privatisation des services publics, mise en place de fonds de pension, réforme de l’assurance chômage, déréglementation des marchés financiers, etc., tout cela semble résulter d’un même mouvement d’extension de la logique économique, sous sa forme la plus « concurrentielle » possible. L’économie nous envahit au quotidien, sans que nous en saisissions les ressorts, tandis que les « experts » nous assurent que des « adaptations » sont « inévitables ».

Face à ce mélange d’incompréhension des mécanismes à l’œuvre et de méfiance à l’égard des « bons docteurs » qui veulent nous administrer des pilules au goût amer, faut-il se résigner ou se révolter ? Il nous semble que la révolte, qui est légitime, doit s’appuyer sur une meilleure compréhension du monde. Ce Petit bréviaire a pour ambition d’y contribuer.

En effet, nous ne pensons pas que les grands débats économiques soient intraduisibles dans des termes accessibles au plus grand nombre. La légitimité supérieure dans laquelle se drapent certains experts, dont les débats sont censés être hors de portée du commun des mortels, nous semble à la fois inquiétante politiquement et contestable du point de vue « scientifique ». Car les tenants et les aboutissants des controverses économiques sont parfaitement explicables à tout un chacun, s’il prend le temps d’examiner attentivement un certain nombre de données et de raisonnements simples.

Il ne s’agit pas pour autant de cautionner la vision simpliste de l’économie que peuvent entretenir certains journalistes ou hommes politiques (de tous bords !), dont les affirmations à l’emporte-pièce sont censées sortir tout armées des conclusions de la « science économique ». Bien au contraire, ce Petit bréviaire se donne pour ambition de recenser un certain nombre de ces idées reçues, fréquemment répétées, qui circulent impunément dans les discours et les esprits, armées de leur prétendue caution scientifique. Et de démontrer que bien des idées tenues pour évidentes, à force de les entendre de la bouche de personnalités souvent éminentes, ne sont pas étayées par grand-chose, lorsqu’elles ne sont pas infirmées par l’observation rigoureuse des faits.

Ce travail collectif vient donc ébranler des évidences communément admises, certes surtout en dehors du monde des économistes, mais également trop souvent en son sein. En effet, la plupart des économistes accordent, selon nous, une trop faible place au pluralisme, à la présentation et à la confrontation des différentes explications du réel. C’est parce que nous étions désemparés devant l’incapacité de nos enseignants à donner du sens à ce que nous vivions, lisions dans les journaux et entendions à la radio que nous, étudiants des facultés d’économie et des grandes écoles, avons lancé, au printemps 2000, une protestation publique contre la vacuité de cet enseignement.

Ce mouvement a commencé par la rédaction collective d’une « Lettre ouverte aux enseignants et responsables de l’enseignement de la discipline », publiée dans Le Monde le 17 juin 2000. Cette lettre ouverte s’inquiétait de la coupure entre les « mondes imaginaires » de la théorie économique et le monde réel ; elle déplorait l’usage incontrôlé de la formalisation mathématique ; elle dénonçait le fréquent manque de pluralisme des approches et des explications proposées en cours.

Commandé par le ministre de l’Éducation nationale pour répondre à notre interpellation, le rapport de Jean-Paul Fitoussi [Jean-Paul Fitoussi, L’Enseignement supérieur des sciences économiques en question, Rapport au ministre de l’Éducation nationale, Fayard, Paris, septembre 2001] atteste bien l’existence d’un malaise au sein de la discipline et autour de son enseignement, partout dans le monde. Il met également en évidence que celui-ci provient essentiellement du fait que l’enseignement de l’économie n’est pas assez centré sur les débats et controverses qui animent la discipline. Il montre enfin que l’économie ne saurait être coupée des autres sciences sociales, en demandant l’instauration d’un cursus pluridisciplinaire.

Mais à notre connaissance, rien n’a changé dans les universités depuis la publication de ce rapport, en septembre 2001. Ce Petit bréviaire se veut une illustration du type d’approche que nous souhaiterions voir plus souvent adoptée dans l’enseignement de l’économie.

L’aboutissement de ce travail serait-il donc de faire abjurer aux économistes toute prétention à la connaissance ? De leur faire avouer que, tel Socrate, la seule chose qu’ils savent en réalité est qu’ils ne savent rien ? Cela serait exagéré, bien que des économistes parmi les plus reconnus puissent parfois se livrer à des constats sévères sur la faiblesse des avancées de leur discipline [Voir Edmond Malinvaud, « Pourquoi les économistes ne font pas de découvertes », Revue d’économie politique, vol. 106, n° 6, 1996, p. 929-942].

Il s’agit plutôt de faire un bilan, toujours nécessairement partiel, mais rigoureux, des connaissances sur un certain nombre de points que nous avons eu les uns et les autres l’occasion d’approfondir. Ce Petit bréviaire se veut une synthèse d’idées, souvent exprimées ailleurs, qui ont en commun de suggérer combien il est délicat de réunir les conditions d’une connaissance solidement établie des phénomènes économiques. Il démontre qu’il n’y a pas en l’état actuel de dogme qui tienne en économie, et qu’il est donc urgent de donner toute leur place aux débats, aux controverses, et de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Les Éconoclastes, février 2003.

N.B. : « Les Éconoclastes » est le pseudonyme collectif choisi par les auteurs à l’initiative de cet ouvrage, issus du Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie, et auxquels ont bien voulu se joindre Jean Gadrey (professeur à l’université de Lille-I), Bernard Guerrien (maître de conférences à l’université Paris-I) et Hélène Zajdela (professeur à l’université d’Evry-Val d’Essonne). Nous tenons à les remercier de leur participation, ainsi que Pascal Combemale, professeur de sciences économiques et sociales au Lycée Henri-IV, pour son aide précieuse tout au long de l’élaboration de ce livre.

 
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