Autisme-Economie.org
Chercher
forum Chercher

décembre 2004

 fr 
Dans la même rubrique

Mai 2004
Numéro 14

Mars 2004
Numéro 13

Octobre 2003
Numéro 12

Juin 2003
Numéro 11

Mars 2003
Numéro 10

Février 2003
Numéro 9

Janvier 2003
Numéro 8

Juin 2002
Numéro 7

Janvier 2002
Numéro 6

Septembre 2001
Numéro 5

Juin 2001
Numéro 4

Mai 2001
Numéro 3

Avril 2001
Numéro 2

Mars 2001
Numéro 1

Dernière modification
28 novembre 2006
info visites 2251

Micro, macro, mes crocs !

Numéro 15

Spécial filière Sciences Economiques et Sociales

Lettre d’information (presque) mensuelle du Mouvement des étudiants
pour une réforme de l’enseignement de l’économie.

Sommaire

La fin d’année 2004 a été marquée par l’annonce du projet de loi d’orientation de François Fillon ayant pour objectif de réformer l’enseignement secondaire. Or ce projet de loi, critiquable sur de nombreux points (Le Conseil supérieur de l’éducation, qui n’a qu’un avis consultatif, a voté à une très large majorité contre le projet jeudi 16 décembre 2004) constitue une menace très grave sur l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales au lycée auquel nous sommes très attachés. En effet, celui-ci se caractérise par son approche pluridisciplinaire et pluraliste ainsi qu’une place prépondérante accordée à l’étude des faits économiques et sociaux. C’est pourquoi nous vous invitons à lire, signer et faire signer la pétition (Lire) de l’APSES (Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales) sur leur site Internet www.apses.org.

Pour plus d’information, nous vous invitons également à lire deux articles issus du Monde du 17 décembre dernier : Veut-on tuer les sciences économiques et sociales ? Par Stéphane Beaud, Pascal Combemale, El Mouhoub Mouhoud et Dominique Plihon (Lire cet article), puis Les professeurs d’économie dénoncent les effets de la réforme de François Fillon, par Laurent Mauduit (Consulter cet article).

SOUTENIR LES SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES ET LA SERIE ES

Par l’APSES, l’Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales

Le projet de loi d’orientation et le rapport annexé pour le lycée, inspirés sans doute par le désir de réduire les dépenses publiques et les effectifs de l’Éducation Nationale, constituent une grave menace pour l’enseignement des Sciences Économiques et Sociales et pour la série ES (anciennement B).

En supprimant de fait la seconde de détermination et en permettant aux élèves de ne choisir qu’un seul enseignement de spécialisation (la langue vivante 2 incontournable en 1ère générale), ce projet relègue les Sciences Économiques et Sociales au rang d’option facultative. Ainsi les S.E.S. disparaissent des enseignements centraux du lycée et du débat éducatif sur “ le socle commun ” ou “ la culture commune ” des lycéens.

La suppression annoncée des dédoublements (sauf en langues), donc des séances de Travaux dirigés, fragilisera les apprentissages et l’appropriation par les élèves des fondements méthodologiques des sciences sociales.

Le projet propose d’orienter les SES vers des enseignements de gestion et de droit, c’est à dire vers un enseignement plus professionnel au détriment de l’actuel enseignement de culture générale reposant sur la démarche plurielle et le croisement des sciences sociales caractéristique de la série ES.

Avec l’APSES, nous revendiquons :

- Un enseignement de Sciences Économiques et Sociales pour tous les élèves de seconde d’enseignement général, avec un horaire suffisant, permettant aux élèves, d’une part d’apprendre à “lire la société” et à exercer une citoyenneté critique et, d’autre part, de choisir leur orientation en toute connaissance de cause.

- Le maintien de la série Économique et Sociale, série d’enseignement général, fondée sur la formation d’une culture générale reposant sur trois pôles, sciences humaines et sociales (SES, histoire géographie, Philosophie), lettres /langues, et sciences, et sur des apprentissages méthodologiques propres aux Sciences Économiques et Sociales et exigeant des dédoublements horaires.

Veut-on tuer les sciences économiques et sociales ?

par des professeurs

Article extrait du Monde, 17/12/2004

Au nombre des objectifs prioritaires censés justifier le projet de loi de réforme de l’école, certains sont, depuis longtemps, soutenus par un large consensus : la démocratisation, la lutte contre l’échec scolaire, la formation du citoyen, l’ouverture sur le monde et, en particulier, sur l’Europe. Sans être le seul au lycée, mais plus que d’autres, un enseignement contribue à la réalisation de ces objectifs. Il s’agit des sciences économiques et sociales (SES), que l’arrêté qui les crée, en 1966, définit ainsi : "l’originalité d’un tel enseignement est de conduire à la connaissance et à l’intelligence des économies et des sociétés d’aujourd’hui et d’intégrer cette acquisition à la formation générale des élèves, à leur culture."

Pourtant, en contradiction flagrante avec les intentions affichées, l’application de la réforme Fillon porterait un coup fatal aux SES et, par voie de conséquence, à la filière ES. En effet, le projet prévoit l’éviction des SES de la classe de seconde, palier d’orientation : au moment même où l’on prétend aider les élèves à effectuer des choix d’orientation raisonnés, sur quelle base choisiraient-ils les SES, puis la filière ES, devenues invisibles ? Par défaut, ou par tirage au sort ? Cette contradiction se retrouve avec la suppression des dédoublements, donc des séances de travaux dirigés : là aussi, au moment où l’on prétend lutter contre l’échec scolaire, on retire aux professeurs de SES les moyens d’une pédagogie active et différenciée dont ils furent les pionniers.

D’un côté, on nous rebat les oreilles avec l’initiation aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, avec la nécessité d’apprendre aux élèves l’autonomie, le travail en équipe ; de l’autre, on retire aux enseignants qui se sont donné ces mêmes objectifs, depuis déjà trente ans, les moyens de les atteindre. Devant la perspective d’un tel gâchis, il faut rappeler quelques faits.

La filière B, puis ES, dont l’identité est indissociable des SES, a permis à un nombre croissant d’élèves, autrefois interdits d’accès à l’enseignement général, de réussir leurs études au lycée et de trouver une grande variété de débouchés après le bac (économie, sociologie, gestion, droit, Sciences-Po, écoles de commerce, BTS, IUT, etc.). Ce point d’histoire est essentiel : depuis le début, la vocation des enseignants de cette filière a très clairement été d’accueillir, de motiver et de faire réussir des élèves auxquels la sélectivité des autres filières, héritières du lycée napoléonien, barrait l’accès à l’enseignement général et, par conséquent, à des études supérieures. De ce point de vue, le rôle des SES a été crucial. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une discipline plébiscitée par les élèves, comme l’a récemment confirmé la consultation nationale organisée par Philippe Meirieu. Les raisons de ce succès tiennent aux contenus et à la méthode :
- Les SES apportent aux élèves des outils d’analyse et de compréhension de la réalité économique sociale proche (famille, quartier, bassin d’emplois, l’organisation politique locale et régionale, mais aussi chômage, déviance, inégalités, dont les inégalités devant l’école, discriminations, etc.) et lointaine (construction européenne, politiques économiques, mondialisation, inégalités de développement, crises financières, etc.) ; ce faisant elles leur permettent de se situer, de se repérer, de mieux comprendre leur condition (de femme, d’enfant d’ouvrier ou d’immigré, etc.) ; en un mot, elles donnent du sens.
- La méthode consiste à partir des questions que les élèves se posent sur le monde réel, à leur apprendre comment répondre aussi rigoureusement que possible à ces questions, bien sûr à partir des connaissances apportées par le professeur et les manuels, mais aussi à partir de sources documentaires variées (publications d’organismes statistiques, presse, banques de données, Internet, etc.) ou d’enquêtes. Le but est de leur apprendre à réfléchir, raisonner, tester des hypothèses théoriques, hiérarchiser et sélectionner l’information, argumenter, synthétiser ; finalement de les rendre intellectuellement autonomes, parce qu’ils auront été actifs dans l’appropriation des savoirs et des savoir-faire propres aux sciences sociales.

Depuis trente ans, cela marche. En tant qu’antidote contre l’indifférence, l’apathie, l’ennui, les SES ont été et demeurent un formidable instrument de motivation et de lutte contre l’échec scolaire. Grâce aux SES, des élèves que leurs prédispositions portent à vivre l’école comme un univers étranger, voire hostile, en viennent à s’impliquer, à participer, tout simplement parce que ce qu’ils apprennent et la façon dont ils l’apprennent a désormais un sens pour eux.

Au-delà de ces résultats incontestables en termes d’intégration, l’expérience a également prouvé que la propension des élèves d’ES à adopter une attitude citoyenne (attention portée aux grands débats économiques et sociaux, participation à la vie associative et à l’action collective) les distinguait de leurs camarades ne disposant pas des mêmes clés de lecture de la société.

Enfin, il convient de rappeler que la grande majorité des élèves d’ES réussit ensuite dans une gamme de débouchés très large, qui va des BTS et des IUT aux grandes écoles, en passant par de nombreux cursus universitaires où ils sont appréciés pour ces aptitudes acquises au lycée, notamment l’autonomie, le travail sur documents, l’analyse des données, le sens critique, la curiosité intellectuelle.

Malgré ce bilan très positif, l’un des premiers effets de la réforme, si elle était appliquée en l’état, serait la suppression de 30 % à 50 % des emplois de professeurs de SES, ce chiffre variant selon la configuration des lycées (actuellement 240 000 élèves de seconde suivent un enseignement de SES). Cette orientation réactionnaire (au sens propre de ce terme) s’oppose à l’introduction de la troisième culture, celle des sciences de la société, dans le socle des connaissances communes devenues indispensables à des élèves qui devront s’insérer dans un monde de plus en plus complexe, emporté par un changement qui s’accélère. Elle le fait sans la moindre attention portée aux préférences de ces élèves, qui ont au contraire intérêt à ce que soit préservée une diversification équilibrée des voies de formation. Donc à rebours de ce que demandait Christian Baudelot en 1998 : "La troisième culture doit être enseignée au lycée pour des raisons économiques, sociales et politiques. Economiques parce qu’un nombre croissant d’emplois qui s’ouvrent aux jeunes générations ont trait à l’organisation de la société, à la gestion de ses problèmes, à la construction d’elle-même. Sociales, parce qu’une connaissance partagée des institutions des processus et des interactions sociales est un facteur d’intégration. Politiques, parce qu’une démocratie est une société réflexive capable de se penser elle-même."

C’est pourquoi nous appelons à soutenir les professeurs de SES qui se mobilisent pour obtenir : la présence des SES dans le tronc commun de la classe de seconde ; le maintien des dédoublements indispensables à la mise en œuvre d’une pédagogie active et différenciée ; la préservation de tout ce qui a contribué au succès de la filière ES.
Pour réformer le système éducatif, y compris sous une contrainte budgétaire forte, la bonne méthode ne consiste pas à commencer par mettre en péril les dispositifs qui ont fait leurs preuves, notamment du point de vue de la démocratisation, de l’accès aux débouchés et de la formation du citoyen.

Stéphane Beaud est professeur de sociologie (Ecole normale supérieure, Paris). Pascal Combemale est professeur de SES (Lycée Henri-IV, Paris). El Mouhoub Mouhoud est professeur d’économie (Université Paris-XIII). Dominique Plihon est professeur d’économie (Université Paris-XIII).

Les professeurs d’économie dénoncent les effets de la réforme de François Fillon

Article extrait du Monde, 17/12/2004.

Une pétition est lancée, une grève envisagée.

L’enseignement des sciences économiques et sociales est menacé par le projet de loi d’orientation de François Fillon : voilà le message que souhaite faire entendre la communauté des enseignants du secondaire spécialisés dans cette discipline, en prenant diverses initiatives - pétition, rassemblement national, voire grève - soutenues par l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) et plusieurs économistes et sociologues réputés.

La crainte trouve son origine dans la réforme de la classe de seconde envisagée par le ministre de l’éducation nationale. L’Apses fait valoir que la réforme supprimera de facto la seconde comme classe dite de détermination, puisqu’elle permettra aux élèves de ne plus choisir qu’un seul enseignement de spécialisation, au lieu des deux options actuellement obligatoires. Or, pour accéder en première générale, une deuxième langue vivante sera indispensable.

Pour l’association, le projet du gouvernement va donc reléguer les sciences économiques et sociales au rang d’option facultative. Si la réforme est mise en œuvre, la proportion des lycéens faisant de l’économie en seconde générale (42 % actuellement, soit près de 240 000 élèves) serait donc vouée à chuter.

Inquiète, l’Apses a lancé une pétition sur son site Internet (www.apses.org) pour exiger "le maintien de la série économique et sociale" - pétition qui, en quelques jours, a déjà recueilli la signature de presque 700 professeurs sur les quelque 5 000 qui enseignent cette discipline en lycée.

Une réunion d’enseignants d’Ile-de-France, tenue au lycée Henri-IV à Paris, mercredi 15 décembre, a décidé d’appeler à une grève et à un rassemblement national dans la première quinzaine de janvier 2005.

"CITOYENNETÉ CRITIQUE"

Pour l’Apses, cette réforme a été conçue pour des motifs d’économies budgétaires mais elle aura aussi de lourdes conséquences pédagogiques. Les enseignants estiment que la formation qu’ils dispensent s’inscrit dans un cursus généraliste permettant aux élèves d’"apprendre à "lire la société" et à exercer une citoyenneté critique". Ils redoutent donc les effets de ce projet de réforme qui tend à tourner le dos à cette philosophie au profit de l’initiation, dès la première, "à la gestion de l’entreprise et au droit"- perspective qui est évoquée dans le projet de loi.

Par un effet de contagion, des professeurs d’économie de l’enseignement supérieur ont aussi commencé à se joindre à ce mouvement de protestation. Les milieux universitaires sont d’autant plus sensibilisés à cette question qu’un débat voisin avait eu lieu en 2000 dans les facultés. Lancée par des étudiants de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (Le Monde du 21 juin 2000), une mobilisation pour la défense du pluralisme dans l’enseignement de l’économie avait eu, cette année-là, un large retentissement. Elle avait conduit le ministre de l’éducation nationale de l’époque, Jack Lang, à engager une réforme pour répondre à cette demande.

La mobilisation des enseignants du secondaire pour la défense d’une conception généraliste de l’économie - contre un enseignement faisant de plus en plus la part belle à la gestion - a donc réactivé de vieux réseaux intellectuels.

Le point de vue écrit par Pascal Combemale, professeur d’économie au lycée Henri-IV à Paris, Stéphane Beaud, professeur de sociologie, Dominique Plihon, professeur d’économie à l’université Paris-XIII et président du conseil scientifique d’Attac, et El Mouhoub Mouhoud (Paris-XIII), publié dans Le Monde daté du 18 décembre, en est une illustration.
Une partie des signataires avaient précisément été à l’origine de la mobilisation, en 2000, des étudiants et des économistes, contre une dérive mathématicienne de l’économie, tournant le dos à l’enseignement de l’économie politique.

Laurent Maudui

 
Autisme-Economie.org > Le Mouvement > Lettre d’information
 
 
Autisme-Economie.org - Site réalisé avec SPIP par Siloh.