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La Tribune

Fitoussi réhabilite le débat dans les études d’économie

Après la grogne des étudiants l’an dernier, un rapport du président de l’OFCE à Jack Lang préconise le pluralisme à l’université.

Un étudiant de la prestigieuse université française d’économie Paris-Dauphine fait ce constat amer : " Pour avoir mon Deug, il m’a suffi d’apprendre des formules mathématiques et de les appliquer durant les examens. " Pour lui comme pour de nombreux élèves, l’apprentissage de l’économie est une source de frustration. Ce sentiment de malaise s’est traduit l’an dernier par une protestation collective, animée par le Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie et partagée par des professeurs. Plusieurs centaines d’entre eux ont signé des pétitions pour alerter les pouvoirs publics.

Leurs reproches portaient sur le décalage entre la formation et le monde réel, sur l’usage intensif des mathématiques, mais aussi sur le manque de pluralisme, les cursus faisant la part belle aux théories néoclassiques.

En réponse, Jack Lang, ministre de l’Education, a commandé un rapport à Jean-Paul Fitoussi, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, qui a été rendu public hier [1]. Cet économiste renommé estime que " les étudiants ont suscité une bonne rébellion ". Tout en expliquant que les mathématiques ne peuvent pas être rejetées purement et simplement puisqu’elles sont un outil intellectuel, il met l’accent sur la nécessité d’enseigner la diversité des approches. " Cette exigence est d’autant plus importante que l’économie est, a été et sera toujours en débat ", écrit-il.

Varier les théories. L’apprentissage de la variété des théories et des expériences s’impose : pour convaincre, Jean-Paul Fitoussi souligne que chaque pays développé est caractérisé par une structure institutionnelle différente. Il est donc fallacieux de mettre en exergue un principe unique. Sa réflexion s’adresse tant aux universitaires qu’à l’opinion. " Souvent, les médias dans l’urgence propagent une pensée qui probablement ne serait pas la leur s’ils avaient pris le temps d’y réfléchir ", dit-il. La difficulté, relève-t-il, est que les points de vue alternatifs ont souvent été récupérés par les écoles de pensée dominantes, ou bien ne se plient pas à la formalisation. Ajoutons pour l’illustration que le keynésianisme reste aujourd’hui frappé d’un certain ostracisme, après avoir été politiquement étouffé dans les années 80.

" On ne peut [...] qu’encourager, dans le cadre de chaque cours (par exemple sur la croissance, le travail et l’emploi, sur la monnaie...), l’évocation de la pluralité des approches existantes ", propose l’auteur du rapport. Il préconise notamment que la première année du cursus universitaire bannisse toute spécialisation. Dans ce cadre, l’évaluation des enseignements et des formations serait nécessaire (lire ci-dessous).

Nicolas Prissette


[1" L’Enseignement supérieur de l’économie en question ", Fayard.

 
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