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par

Pascal Combemale

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27 novembre 2006
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C’est l’histoire d’une science qui raconte des fables...

C’est l’histoire d’une science qui raconte des fables. Toutes sortes de fables, ou de paraboles, à condition qu’elles soient méthodologiquement individualistes.

Soient par conséquent deux individus : j=1 et j=r. Ils sont différents l’un de l’autre mais indifférents l’un à l’autre. La première différence concerne leurs dotations : par exemple, j=1 possède un chien qui s’appelle Mankiw et j=r un perroquet qui s’appelle Lucas. D’où viennent ces dotations ? Sont elles tombées du ciel ? Certes non : elles viennent de la mer, plus précisément d’un bateau qui a fait naufrage. Près d’un île de Microniaiserie.

La deuxième différence concerne leurs préférences. Pour que la fable puisse être lue par les moins de 12 ans, un scientifique a vérifié que les relations de préférence étaient réflexives, transitives, continues, convexes, non saturées localement et monotones. Surtout monotones.
Pour l’instant il ne se passe rien. L’action commence avec la rencontre des j. Faites un petit effort d’imagination. Soleil levant, brise matinale : ils se font face mais ne se regardent pas dans les yeux. Surtout pas ! Les yeux dans les yeux ce serait le début d’une passion ou d’une baston, une histoire vraie quoi ! Non, chacun lorgne le panier de l’autre. J=1 a beaucoup de noix de coco mais il préfère les sardines à l’huile ; j=r a beaucoup de sardines mais il préfère les noix de coco (dans ces fables, la noix de coco est obligatoire).

Donc j=1 assomme j=r d’un seul coup de noix de coco et lui " emprunte " ses sardines. " Coupez ! " glapit Adam Smith… " La nature de l’homme, c’est le troc ".

Fort bien, troquons à la santé de Smith :
— " Je t’offre une noix contre une boite de sardines ", hurle j=1, le bras bêtement en l’air comme il a vu faire à télé.
— " Je t’offre deux boites contre huit noix " répond sournoisement j=r.
— " Je suis prêt à aller jusqu’à trois noix, mais pas au delà " avoue naïvement j=1.
— " Puisque c’est une fable, j’accepte jusqu’à quatre noix contre deux boites " concède j=r, qui commence déjà à s’ennuyer.

Au loin, plus loin que la barrière de corail, les sirènes chantent : " Entre deux et trois existe une zone d’avantage mutuel ; c’est un jeu gagnant-gagnant : vive le marché ! A bas les rouges ! ".

J=r en profite pour se ressaisir : " Allez, je vais faire un heureux, je te brade la marchandise au prix d’une boite les trois noix ! Et j’ajoute un abonnement gratuit à la Vie du rail ! ".

Mais J=1, sans en avoir l’air, est lui aussi un homo oeconomicus. Ce qui veut dire : 1) qu’il est rationnel ; 2) qu’il sait que la dérivée seconde doit être négative ; 3) que son credo est : " plus c’est mieux ".

Et il répond, sans trembler : " Je n’accepte pas de perdre, mais je n’accepte pas non plus de gagner moins que toi ". La négociation est bloquée, les deux j sont désemparés. Ils crient ensemble : "Au secours ! Un économiste, vite ! ".

Un petit homme ventripotent accourt. Sur le devant de son paréo, on peut lire : " Laissez-faire " (on ne voit pas l’autre côté). Il est blême : " Cessez immédiatement ce jeu obscène ! ".
— " Pourquoi diable ? "
— " Parce que c’est une saloperie de monopole bilatéral ! "
— " So, what ? "
— " Dans cette situation il y a indétermination du prix d’équilibre ! L’horreur absolue, la négation de deux siècles de recherche scientifique ! Je vous interdis le monopole bilatéral !".
— " OK, mais on fait quoi alors ? "
— " Il faut changer de fable ".

Dans la nouvelle fable il y a plein de j : de un à n. Tellement plein de j que c’est l’émeute ? Non, jamais dans cette science. Alors c’est le souk ? Non plus, puisque cela reviendrait à multiplier les marchandages bilatéraux !

Le petit homme ventripotent fait s’aligner les n naufragés le long de la plage, dos à la mer. La même règle s’applique : il n’est pas autorisé de regarder un j quelconque, de un à n ; tout le monde regarde en direction de la jungle.

Le petit homme s’agenouille et commence à implorer le Dieu du marché pour qu’il descende sur l’île. Son vœu est exaucé : un être non identifiable sort de la jungle (nota bene : ce n’est pas j= n+1). Quelque chose est écrit sur son badge, mais personne ne parvient à le déchiffrer.

L’air chaud s’est chargé d’humidité. Chacun retient son souffle, le regard fixé sur l’inconnu. Celui-ci sort de son gilet une baguette noueuse et commence à écrire sur le sable mouillé : p1 = 2 noix ; p2 = 7 noix ; p3 = 3,14 ; etc… Les naufragés laissent éclater leur joie :
— " Un vecteur prix, nous sommes sauvés ! ".
Les uns après les autres, ils communiquent leurs offres et leurs demandes à l’inconnu, à lui seul, qui s’empresse de les agréger. Gratuitement (ce qui prouve que ce n’est pas un homme). Pour constater l’existence d’excès d’offre et d’excès de demande. Qu’à cela ne tienne, il fait encore jour et l’on n’est pas à un vecteur prix près sur le sable mouillé.

Mais trois heures plus tard l’enthousiasme est retombé. Le tâtonnement n’en finit pas de tâtonner, la convergence vers l’équilibre semble hors de portée avant la nuit. Le petit homme est à nouveau blême, il grommelle : " foutus effets de revenu "… Quand vient le crépuscule le perroquet prend son envol et tourne au dessus des têtes en répétant bizarrement : " la malédiction de Sonnenschein ! ".

A ces mots, l’inconnu brise sa baguette et jette son badge, sur lequel on peut maintenant lire sept lettres énigmatiques : GOSPLAN.
La science qui utilise de telles paraboles est enseignée. C’est même la raison pour laquelle elle les utilise : afin d’en tirer une morale pour l’édification des adeptes. De la parabole précédente elle retient par exemple la morale suivante : il suffit de laisser chacun maximiser son intérêt particulier et il en résultera, grâce à la main invisible du marché, le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre.

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