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Contre-appel pour préserver la scientificité de l´économie

Article paru dans Le Monde du 31/10/2000 et commenté par le Mouvement

[commenté par le Mouvement]

Un certain nombre de professeurs et d´étudiants en économie ont signé et diffusé un appel demandant une refonte de l´enseignement de l´économie, estimant que celui-ci repose trop sur la formalisation mathématique.

[Le problème de la formalisation ne constitue qu’un des trois griefs adressés à l’institution, et n’a jamais été présenté par notre mouvement comme étant le plus important ; on notera que l’appel des enseignants - la motion de soutien - insiste plus sur l’exigence de pluralisme que sur la formalisation. Rappelons que nous ne sommes responsables que des articles signés par le mouvement, et en aucune façon des articles publiés par des journalistes sur notre initiative.
Pourquoi donc le débat s’est-il focalisé sur la formalisation et les maths ? On peut penser que ce terrain est favorable à nos détracteurs, dans la mesure où il permet de faire passer notre position comme intenable - nous serions anti-maths, anti-formalisation. En outre, ces mêmes personnes auront beau jeu de dénigrer notre initiative en la présentant comme une "crise d’adolescence" d’étudiants ayant reçu une formation littéraire, effrayés par la difficulté des mathématiques. Dissipons immédiatement ce que nous auront la correction d’appeler un "malentendu" : de nombreux membres du mouvement suivent avec succès des cursus à haute teneur en matières formalisées. En outre, on notera simplement que ceux qui maîtrisent le mieux l’outil mathématique sont souvent ceux qui prennent à son égard une distance assez critique : on peut citer Bernard Guerrien et Jean Gadrey, tous deux anciens mathématiciens, ou les économistes de l’Ecole de la Régulation qui sont nombreux à avoir signé nos textes, et dont le noyau fondateur est en grande partie issu de l’Ecole Polytechnique.]

Cet appel a le mérite de soulever un authentique problème, celui de la démarche scientifique en économie. Il l´aborde toutefois de façon réductrice, en contestant l´usage (instrumental) des mathématiques et se conclut par une attaque partisane à l´encontre de l´un des corpus centraux de notre discipline, à savoir les théories dites " néoclassiques ". Cette remise en cause nous paraît pour le moins discutable dans la mesure où elle contribue à ôter à l´économie son caractère scientifique.

[Ce sont des affirmations OBJECTIVEMENT erronées. Citons notre lettre ouverte - disponible sur ce site - à laquelle nos auteurs font allusion : "l’usage instrumental des mathématiques semble nécessaire. Mais le recours à la formalisation mathématique, lorsqu’elle n’est plus un instrument mais devient une fin en soi, conduit à une véritable schizophrénie par rapport au monde réel". Et nous pensons que c’est cette dérive de l’usage des mathématiques qui domine aujourd’hui l’Université française.
Qui donc conteste l’usage instrumental des mathématiques ?
Sur la théorie néoclassique, que dit notre lettre ? "l’enseignement tel qu’il est dispensé - c’est-à-dire dans la plupart des cas celui de la théorie néoclassique ou d’approches dérivées - ne répond généralement pas à cette attente...". En quoi cette attaque est-elle partisane (nous n’avons jamais dit dans cet appel que la théorie néoclassique qui nous était enseignée était de droite ou de gauche). Nous disons simplement que cette théorie domine l’enseignement (qui le contesterait) et qu’elle ne satisfait pas nos attentes. Mais nous sommes ouverts à toutes les positions, et attendons toujours des exemples précis de situations où les modèles "néoclassiques" ont permis d’avancer substanciellement dans la compréhension des phénomènes économiques.
Peut-être que nos auteurs ne font pas référence à notre lettre ouverte quand ils parlent de "cet appel". Pourtant notre lettre ouverte est bien le seul "appel" à avoir été signé par des étudiants et des enseignants. Aucun étudiant n’a signé la motion de soutien des enseignants diffusée par Bernard Paulré.]

Il nous semble en effet important que l´économie garde une méthode conforme à la démarche scientifique traditionnelle, laquelle peut se décrire par un enchaînement en trois temps du raisonnement :
- l´identification et la définition précise des concepts et des comportements qui caractérisent l´activité économique (consommation, production, investissement...) et l´énoncé des hypothèses de base relatives à ces comportements ;
- la formulation de théories ayant comme mode d´expression la formalisation de liens fonctionnels entre les éléments précédemment identifiés ;
- la vérification de ces théories par l´expérience. Jusqu´à preuve du contraire, en économie cette expérience ne peut être constituée que par la confrontation à l´histoire quantifiée par la statistique et l´économétrie.

[Nous sommes très surpris par ces affirmations. Nos auteurs ont-ils fréquenté les mêmes universités que nous ? Nous les invitons dans tous les cas à venir assister à nos cours d’économie ! En effet, les étapes 1 et 3 ne sont quasiment jamais traitées en cours :
L’énoncé clair des concepts est le grand absent des cours d’économie : rares sont les étudiants à qui on a clairement défini ce qu’était le chômage dans un modèle d’économie du travail, ou bien l’effort dans les modèles de la théorie de l’agence. Quel rapport entre les variables utilisées dans les modèles et celles utilisées dans les tests empiriques ?
Sans compter que l’étude empirique de la validité des modèles est encore moins courante. De toutes façons cela est secondaire puisque l’essentiel de la note aux examens provient de la résolution de petits exercices fort peu intéressants - du type calculs de TMS, résolutions de systèmes linéaires à 2 équations et 2 inconnues, etc. -, qui monopolisent tout l’esprit des étudiants et sont bien loin d’utiliser les mathématiques comme outil de rigueur dans le raisonnement.
Bref : qu’on ne nous ennuie pas avec des rappels élémentaires d’épistémologie des sciences quand il est impossible de discerner une quelconque exigence de scientificité dans les enseignements dispensés !]

Si donc l´enseignement de l´économie réclame une prise en compte importante de l´histoire, il ne peut se passer de formalisation, en particulier celle que confère l´usage - certes non exclusif - des mathématiques.

[Nous pensons que nous sommes loin d’avoir atteint cet équilibre : le risque n’est pas aujourd’hui de voir disparaître la formalisation au profit de l’histoire dans les cours d’économie !]

Cette formalisation n´est là ni pour masquer des intentions politiques coupables, ni pour conférer aux économistes le sentiment d´échapper aux critiques de la société. Elle vise ni plus ni moins à se donner les moyens de la vérification expérimentale et évite ainsi que l´économie ne devienne un simple discours général qui ne saurait être prouvé ni démontré.

[Comment juger de la validité de discours fondés sur des variables inobservables et dont la définition même est problématique et contestée au sein de la communauté des économistes ? Les physiciens sont eux tous d’accord sur ce qu’est la longueur et sur la valeur des constantes utilisées dans leurs calculs. Ce qui est démontré dans les modèles qu’on nous présente, ce ne sont pas des résultats qui s’appliquent à la réalité économique, mais au "monde imaginaire" construit par les économistes. Le passage de l’un à l’autre ne va pas de soi. Sans compter qu’on tient souvent pour acquis des résultats formels - comme la loi de l’offre et de la demande - dont les on sait bien qu’ils ne le seront jamais - cf. l’absence du théorème de Sonnenschein dans les cours d’économie]

L´appel contre la modélisation s´inscrit de surcroît dans une logique que l´on pourrait qualifier de " théorie du complot " : il juge la valeur d´un résultat ou d´une théorie non pas au travers de sa conformité à la réalité mais au travers de l´origine sociale ou des intentions politiques prêtées à ceux qui les énoncent.

[Nous frôlons la diffamation : relisez notre lettre ouverte ! En prenant le risque d’être un peu provoquants, nous signalons tout de même que les signataires du contre-appel commenté ici ne sont pas connus pour leurs prises de position "de gauche", ce qui ne constitue pas une preuve du caractère "idélogique" de l’économie, mais les dispense simplement de donner des leçons de neutralité aux autres...]

Est-il besoin de rappeler que le recours à la formalisation n´est pas le fait d´une minorité partisane mais de la très grande majorité de nos collègues à travers le monde, et ce quelles que soient leurs opinions politiques et croyances philosophiques ?

[Et alors ? L’histoire est pleine de croyances fausses mais néanmoins très répandues.]

Les signataires du présent texte en appellent donc à la raison et à la juste mesure,

[En cela, ils ont notre soutien inconditionnel : rétablissons un juste et raisonnable équilibre entre les théories, entre les approches formalisées et les autres !]

pour proposer de recentrer le débat sur le terrain de la complémentarité des instruments qui fondent ensemble l’approche scientifique, et plus encore sur celui de la pédagogie. C’est à vrai dire sur ce dernier terrain qu’est née la protestation des étudiants.

[Notre protestation ne se résume pas à la pédagogie, mais également au CONTENU des enseignements qui nous sont dispensés. La seule façon de progresser dans l’enseignement de l’économie est de supprimer les approches par outils (macro 1, 2, ... et micro1, 2, ...) pour les remplacer par des approches par problème économique (la répartition des revenus, le progrès technique, les institutions internationales, le chômage, etc.) ; par des interrogations plutôt que des dogmes, les économistes n’étant pas d’accord sur la plupart des grandes questions de leur discipline.]

Christian de Boissieu (Paris-I - Panthéon-Sorbonne), Jean-Jacques Rosa (IEP), Patrick Artus (Caisse des dépôts et consignations), Thierry Chauveau (Paris-I), Thierry Verdier (Delta), Georges Gallais-Hamonno (Orléans), Pierre-Philippe Combes (Ponts et Chaussées), Jean-Paul Betbèze (Paris-II - Assas), Claudia Sénik (Paris-IV), Louis Lévy-Garboua (Paris-I), Antoine d´Autume (Paris-I), Jean-Marc Daniel (ESCP), Didier Marteau (ESCP), Michel Didier (CNAM), Alain Sand-Zantman (Paris-XII)

 
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