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Bradford Delong et l’enseignement de la macroéconomie

Présentation

Bradford DeLong est un économiste du sérail, professeur à Berkeley après avoir enseigné à Harvard et au MIT, entre autres. Il a été conseiller de Bill Clinton et est chercheur associé au prestigieux National Bureau of Economic Research. Il a publié de nombreux articles, notamment avec Lawrence Summers, dans la ligne de la « nouvelle macroéconomie » des années 80-90 (il est né en 1960), ainsi qu’un manuel qui se situe aussi dans cette perspective. Comme bien d’autres la crise l’a surpris et ébranlé, au point que, à la différence des autres, il remet en cause l’enseignement de la macroéconomie tel qu’il est fait jusqu’à présent. Il propose, comme nous le faisons, de présenter « avec sympathie » les théories sous-jacentes aux analyses et aux propositions de politique économique (actuellement, de sortie de crise) tels qu’elles apparaissent dans le débat public ou dans des journaux comme le Financial Times. En les situant dans une perspective historique, ce qui permet de mieux les comprendre. Sera-t-il écouté ? On peut en douter. Mais c’est un premier pas encourageant pour nous.

Que devrait faire la macroéconomie ?

Qu’est-ce qui ne va pas avec la macroéconomie américaine ? En bref, quand la crise est survenue, n’importe lequel des manuels de macroéconomie (y compris le mien) ou des cours de macroéconomie (sauf peut-être celui de Perry Mehrling’s) n’était d’aucune utilité, ou presque, pour aider les gens qui lisaient – ou qui faisaient l’effort de lire – des publications comme le Financial Time en vue de comprendre la situation et les débats de politique économique auxquels elle donnait lieu.

Au minimum, un cours de macroéconomie devrait apprendre aux étudiants suffisamment de choses de façon à ce qu’ils puissent lire ce qu’on trouve dans le Financial Times. Il devrait aussi en dire suffisamment sur les approches théoriques sous-jacentes aux diverses politiques économiques possibles de sorte qu’ils puissent se faire une opinion sur celles que l’on peut trouver dans les pages de ce journal.

A quoi devrait ressembler un cours de macroéconomie ?

Il devrait, selon moi, enseigner les cinq théories qui subsistent dans les analyses des gens sur les causes de la crise économique :

• La théorie selon laquelle un chômage élevé résulte de salaires réels bloqués à un niveau trop élevé pour que le plein emploi se maintienne durablement. Il faut en passer par là.

• La théorie selon laquelle le haut chômage aujourd’hui est la conséquence inévitable de surinvestissements dans le passé. Il faut en passer aussi par là.

• La théorie monétariste pour qui la crise provient d’une insuffisance de liquidités de sorte que les gens cherchent désespérément à reconstituer leurs encaisses en diminuant leurs dépenses en biens et services courants. Elle est surmontée en augmentant la masse monétaire ou en augmentant sa vitesse de circulation de façon à réduire la demande de monnaie.

• La théorie keynésienne – ou Wicksellienne ? ou Hicksienne ? – pour qui la crise résulte d’une insuffisance de titres, d’obligations que l’épargne pourrait utiliser pour transférer du pouvoir d’achat dans le futur. Ce qui pousse les gens à chercher désespérément à se constituer des actifs en limitant leurs dépenses en biens et services courants.

• La théorie Minskyienne pour qui la crise provient d’une panique suite à un excès de spéculation qui se traduit par une insuffisance d’actifs sûrs et de bonne qualité, de moyens permettant de mettre sa richesse à l’abri, en étant sûr qu’ils ne vont pas partir en fumée dès qu’on a le dos tourné. Ce qui pousse les gens à chercher désespérément à se constituer un portefeuille d’actifs sûrs en limitant leurs dépenses en biens et services courants. La crise est surmontée en augmentant l’offre d’actifs sûrs ou en rétablissant la confiance de façon à diminuer la demande d’actifs sûrs.

Chacune de ces cinq théories doit être enseignée de façon critique, mais sous son angle le plus favorable, sans la caricaturer. Toutes affirment des choses sur la façon dont le monde fonctionne qui peuvent être vraies – en fait, il y a sûrement des endroits et des moments où elles le sont – et qui peuvent et devraient être évaluées.

La meilleure façon d’enseigner ces cinq théories est de se situer dans une perspective historique, dans la longue tradition de pensée de ceux qui ont cherché à comprendre notre monde changeant et compliqué. Tel est le cas du Minskysme qui prend racine dans l’étude des crises du XIXème siècle dans la perspective ouverte par Walter Bagehot ou peut-être même par Adam Smith, du keynésianisme dont on peut trouver les racines dans les études faites par Knut Wicksell des perturbations affectant les flux financiers, du monétarisme qui remonte aux tentatives faites par John Stuart Mill pour comprendre l’origine de la première crise de l’ère industrielle en 1825, en Angleterre, aux théories du surinvestissement qui remontent à Karl Marx et son étude de la crise de 1948, tandis que le thème des salaires réels élevés est déjà présent dans l’étude de Nassau Senior sur le chômage technique dans les Midlands, avant 1850 – tout cela à partir de problèmes soulevés d’abord par Jean-Baptiste Say et Thomas Robert Malthus.

Ce sera un cours de macroéconomie qui permettra à ceux qui l’ont suivi de lire le Financial Times et aux employeurs de trouver des gens qui soient capables de décrypter l’information qui se trouve dans ce journal.

 
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