
7 ans après la première lettre ouverte et le rappport Fitoussi, force est de constater que rien n’a changé. L’enseignement reçu ne correspond toujours pas aux attentes des étudiants. A l’heure de la "réforme des universités", il est nécessaire de s’interroger sur le contenu de l’enseignement prodigué. Nous proposons donc quatre pistes de réformes.
La création en grande pompe de l’ « Ecole d’Economie de Paris » (où certains auteurs de cette lettre ouverte étudient) et le débat actuel sur l’enseignement ne saurait faire l’impasse d’un débat de fond concernant la place des sciences économiques dans l’enseignement supérieur. En juin 2000, des étudiants en économie affirmaient leur mécontentement quant à la façon dont était enseignée l’économie dans l’enseignement supérieur en France. Une première lettre ouverte avait débouché sur l’élaboration puis la publication d’un rapport officiel de M. Jean-Paul Fitoussi. Ce dernier comportait des propositions intéressantes comme la nécessité de la confrontation des théories aux faits. Aujourd’hui, force est de constater qu’aucune réforme n’a été mise en Å“uvre depuis. L’enseignement dispensé ne correspond toujours pas à nos attentes. C’est pourquoi nous souhaitons rouvrir le débat sur l’enseignement de l’économie. Voici les différents points qui suscitent notre mécontentement.
La formalisation dans les cours d’économie nous semble excessive et peut empêcher la compréhension du monde qui nous entoure. Il ne s’agit pas ici de dénoncer l’apprentissage des mathématiques, tant il semble évident que la compréhension de la plupart des théories économiques nécessite la maîtrise d’un certain nombre d’outils techniques. Le problème qui se pose est la place qui leur est consacrée dans le cursus universitaire, la maîtrise des mathématiques devenant une fin en soi alors même qu’elle devrait seulement servir à la compréhension de concepts économiques. Cet excès de formalisation dès la licence est d’ailleurs spécifiquement français, l’enseignement en économie dans le reste du monde (dans les pays anglo-saxons notamment) n’étant que peu ou pas formalisé lors des premières années d’université. Il est de plus l’un des facteurs du désintérêt d’un certain nombre de bacheliers, notamment ceux titulaires d’un bac Economique et Social, pour la filière économique à l’université. Mais aussi d’abandons au milieu du cursus d’un certain nombre d’étudiants. Nous réclamons donc un rééquilibrage des enseignements en faveur d’une explication plus intuitive des concepts issus des différentes théories économiques.
Les enseignements n’ont pas vocation à reproduire la domination exercée par la théorie néoclassique (individu rationnel et « maximisateur »â€¦) dans le champ académique. En effet, l’économie est une science sociale. A ce titre, elle ne peut que s’enrichir de la confrontation des différents systèmes de pensées. Ainsi, nous souhaitons que chaque théorie soit présentée de façon équitable et qu’il ne soit pas accordé de prééminence à l’une d’entre elles, afin de permettre aux étudiants de faire preuve d’esprit critique.
Par ailleurs, il faudrait permettre aux étudiants d’inscrire l’économie dans un contexte plus large à travers un enseignement pluridisciplinaire. Pour mesurer toute la portée du champ économique, il est nécessaire d’acquérir des notions précises sur l’histoire des idées, les données institutionnelles, les facteurs sociologiques avec lesquels cette discipline est sans cesse en interaction (comment parler du chômage sans évoquer son aspect social ? comment étudier la concurrence sans avoir des notions de droit ?...). Cette approche est développée avec succès dans les cours de sciences économiques et sociales au lycée. Si la réforme LMD a institué une certaine pluridisciplinarité, c’est en renonçant à la cohérence des cursus et en remettant en cause le cadre national des diplômes. L’apport d’autres sciences humaines et sociales ne peut pourtant qu’être bénéfique à la compréhension des phénomènes économiques.
En conséquence nous proposons donc quatre pistes de réformes :
Une formalisation qui ne soit plus une fin en soi.
Une confrontation plus importante des théories aux faits.
Une présentation plus équilibrée des différentes théories économiques dans les premières années de cursus universitaire.
Une approche de l’économie plus transversale.