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Dernière modification
30 novembre 2006
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La poule, l’oeuf et Schotter...

Les passages qui suivent sont extraits du manuel de Schotter, Théorie microéconomique (1995, Vuibert)...

L’intérêt, ou l’originalité (selon Schotter), du manuel de Schotter tient, si l’on peut dire, au fait qu’il insiste sur l’importance des institutions dans l’analyse des comportements. Mais, en même temps, il prétend montrer comment ces institutions résultent des choix individuels (individualisme méthodologique).

Comme il écrit au début de son manuel :" L’un des principaux objets de la microéconomie est de nous aider à comprendre le rôle des institutions dans l’économie, en répondant à la question : comment les individus choisissent-ils les institutions économiques susceptibles de les aider à satisfaire au mieux leurs intérêts personnels " (p 10)

Les institutions résultent donc des choix des individus. Mais comme ces choix supposent en fait des institutions (ne serait ce que le caractère volontaire des échanges), on est devant le problème de la poule et de l’oeuf. Problème insoluble dont Schotter ne se sort qu’en commettant une faute logique grossière. En effet, il commence par évoquer, dans son chapitre 1, une " société formée d’un ensemble d’agents économiques primitifs (sic !) " (p 14), où " la seule décision que nos agents doivent prendre concerne le temps consacré à la cueillette et celui consacré au repos ".

Il précise ensuite que " le chapitre 2 décrira ce monde et les goûts et comportements de ces agents ". Seulement, si on se reporte au chapitre 2, on y trouve soudain une partie appelée " les contraintes budgétaires ou de revenu où il est écrit " nous verrons plus loin … un modèle qui proposera un marché pour chaque bien et où nos agents travailleront et gagneront un revenu " (p 31).

Schotter est bien obligé alors de préciser " naturellement, dans la société primitive que nous sommes en train d’étudier, il n’y a pas de marché et nos agents n’ont pas de revenu "...
Ce qui ne l’empêche pas d’écrire ensuite : " cependant, pour illustrer les contraintes budgétaires (sic !), supposons que les marchés et les revenus existent dans notre société primitive. Supposons également que le prix du bien 2 est 1F et celui du bien 1, 2F, … ".
Et c’est parti dans les équations et graphiques. L’étudiant n’aura vu que du feu !

Dans le chapitre suivant, sur " demande et comportement sur les marchés ", il est dit au début : " dans ce chapitre, nous supposerons que les marchés concurrentiels ont fait leur apparition ", tout en précisant que " nous n’aborderons le problème de l’émergence de ces marchés au chapitre 4, avec l’étude du processus d’échange "...
Toute personne sensée se dit : pourquoi ne pas commencer par les choix individuels des " primitifs ", dont résultent les marchés, puis le choix dans ces marchés ? Mais il semble qu’il n’y a pas beaucoup de personnes sensées chez les économistes…

Dans le chapitre 4 (où est soit disant expliquée l’apparition des marchés), on a le droit à un des sommets !! : " supposons donc que lorsque le nombre d’agents de l’économie augmente, les agents, constituant une part de plus en plus infime de l’économie totale, se conduisent de manière différente. Au lieu d’essayer d’organiser des coalitions et de bloquer des allocations, ils restent passifs et attendent d’observer les prix qui émergent " (p 127).

On a ainsi expliqué l’existence du marché (concurrentiel). Cette " démonstration " était d’ailleurs déjà suggérée en début d’ouvrage : " Avec le développement de cette économie (à négociations bilatérales), le processus de négociation bilatérale devient de plus en plus difficile, et des marchés émergent, marchés où la concurrence se fait plus impersonnelle " (p 14).

Car pour Schotter " les institutions émergent pour régler les problèmes économiques récurrents auxquels sont confrontés les membres de la société "

En fait, Schotter ne semble pas trop croire à son explication (démonstration ?), puisque si on a la patience de lire 200 pages de plus de son livre, on trouve dans le chapitre 13, Marchés et équilibre de marchés, cette observation :

" Dans toute notre étude, nous avons supposé que le marché atteignait un équilibre à l’intersection des courbes d’offre et de demande. En d’autres termes, notre analyse a, jusqu’à l’instant, été effectuée sans référence à un cadre institutionnel précis "

Ca alors ! Pourtant, le chapitre 4 " montrait " soit disant l’émergence des marchés en tant qu’institution (résultat des décisions des individus de la société primitive). On n’y comprend plus rien (l’étudiant, lui, a probablement oublié ce qui a été dit 10 chapitres avant, et s’en moque probablement…).

Schotter explique ensuite : " Tout ce que nous avons établi est quel sera l’équilibre du marché, étant donné des courbes de demande et d’offre. Ceci rajoute d’importantes questions sur l’institution appelée ‘marché ‘ et la notion d’équilibre de marché. Les règles que nous utilisons pour organiser un marché sont-elles importantes quant à la convergence du prix vers le prix d’équilibre de ce marché ? ".
On remarquera, d’une part, que les règles ne sont pas seulement importantes en ce qui concerne la convergence vers le prix d’équilibre, mais aussi en ce qui concerne le niveau même de ce prix (sans parler du fait que le processus de transactions menant à l’équilibre modifie celui-ci) ; d’autre part, quand Schotter parle des " règles que nous utilisons pour organiser un marché ", qui est " nous " ? Est-il, comme tout le monde (cf. première citation), mû strictement par son " intérêt personnel " ? Et quel est alors cet intérêt ?

Evidemment, Schotter ne répond pas à ces questions ...

 
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